Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Droits de l'Homme et Dialogue Interculturel est un ouvrage

à part. Non seulement car il est écrit par le très dynamique

Christoph Eberhard, animateur infatigable au sein de l'université Paris

I Sorbonne du groupe de recherche qui porte le même nom (dont les travaux

sont disponibles sur www.dhdi.org), mais parce que

sa pensée, aux ambitions universelles mais à la démarche

profondément humaine, fait appel à un concept qui tend à

être par trop oublié ces derniers temps : le respect des autres.

Comme il le dit lui-même : l'ouvrage convie le lecteur à un voyage

qui lui fera prendre conscience de l'inscription culturelle de la dynamique

moderne des droits de l'homme et qui l'ouvrira progressivement d'abord à

l'altérité par la rencontre avec d'autres traditions " juridiques

", dont certains n'ont même pas de véritable équivalent

pour nos notions de " droit ", puis à la complexité

par sa confrontation avec divers terrains qui illustrent qu'ils n'existent pas

de cultures " homogènes ", " pures ", mais qu'on

se trouve toujours dans des situations de pluralisme et de complexité

qui sont plus ou moins bien " gérées ". Dans nos vies

réelles en société, dans nos dynamiques de lutte ou d'émancipation

de nombreux référents s'enchevêtrent. Une anthropologie

dynamique du Droit permet de mieux les saisir et peut contribuer à défaut

de proposer des solutions, de dégager des " manières de cheminer

" sur la voie des droits de l'homme, plus dialogales et par ce fait plus

enclin à constituer des voies de paix.

S'il est de bon ton de parler du " village planétaire " les

évènements actuels nous interpellent : ne serait-ce pas plutôt

à l'émergence d'un " archipel planétaire " que

nous assistons, voire ne sommes-nous pas en train de nous acheminer vers un

choc des civilisations ? Le débat sur le " global " se double

de plus en plus d'une réflexion sur le " local ", menant certains

à réfléchir en termes non plus de " globalisation

" mais de " glocalisation ", voire " d'altermondialisation

". Dans ce contexte, réfléchir aux droits de l'homme est

une manière de poser des pistes pour repenser la mondialisation autrement

que comme simple occidentalisation du monde ou comme affrontement des cultures.

Le défi principal consiste à sortir d'une logique d'exclusion

des contraires (universalisme versus relativisme, " civilisation "

versus " barbarie ", voire depuis un certain temps maintenant "

axe du bien " versus " axe du mal ") pour s'acheminer petit à

petit vers une logique de complémentarité des différences.

C'est à cette condition qu'on pourra accéder à une approche

pluraliste, non-hégémonique des droits de l'homme - qui nous obligera

aussi de nous intéresser aux pratiques des divers acteurs dans leurs

diverses localités et dans toute leur complexité.

Pour réfléchir à notre " vivre ensemble " ou

à la " bonne vie " - dont les droits de l'homme constituent

une expression dans notre tradition occidentale - il est aujourd'hui incontournable

de s'ouvrir au dialogue avec nos diverses traditions humaines, de s'intéresser

aux phénomènes de métissages culturels, de réfléchir

à des manières d'articuler et ainsi de mutuellement enrichir des

visions du monde et du droit au lieu de les opposer. Cette démarche permettra

de dégager un horizon de partage pour nos communes humanités et

nous fera prendre conscience de toute la richesse et toute l'inventivité

qui sont déjà présentes : prendre en compte des réalités

que nous avons tendance à ignorer en ne regardant que les " centres

" et pas les " marges ", nous permet déjà par ce

simple changement de regard de nous inscrire dans une autre mondialisation.

L'ouverture à l'altérité et à l'interculturalisme

à un niveau plus général voire philosophique, est intimement

liée à l'introduction des perspectives " du local ",

de " la base " et des " pratiques " des acteurs. Il n'est

pas suffisant de réfléchir à la problématique de

l'État de Droit intimement liée à celle d'une approche

" pragmatique " des droits de l'homme, c'est-à-dire visant

à être effective sur les divers terrains - de manière globale.

Il faut porter une attention accrue sur le " local ", pour comprendre

comment bâtir des États de Droit concrets, comment incarner l'idéal

des droits de l'homme dans les divers contextes historiques, sociaux, culturels

et économiques. Les approches d'anthropologie du Droit se révèlent

très utiles dans cette entreprise puisqu'elles se situent entre les démarches

des juristes dont le souci est " d'organiser notre vivre ensemble "

et celles des anthropologues qui essayent de comprendre comment nous vivons

ensembles et qui sont sensibles à la grande variété de

nos représentations, logiques, discours et pratiques … Ce qui les

mènent à s'interroger : qu'est ce qui fait lien social ? Quels

sont les modalités de partage de nos différentes vies ? Quelle

rôle de mise en forme le droit joue-t-il dans ces processus ? Comment

repenser autrement notre " vivre ensemble " ? Et comment jouer de

manière constructive et dialogale le Droit et les droits de l'homme dans

des contextes qui deviennent de plus en plus interculturels, afin de pouvoir

remplir leur mission première de Paix ?

Un ouvrage transversal, fourmillant d'idées et de références,

à lire pour y trouver des problèmes plutôt que des solutions,

des expériences plutôt que des dogmes, bref, la complexité

plutôt que la simplification réductrice. Je vous propose in fine

cette invitation à la méditation : la simplification, voire le

simplisme (axe du mal) serait-il le moyen de la guerre, et la complexité

celui de la paix ?

Serge DIEBOLT

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.