Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Se serait on arr? aux r?exions sur l'intelligence

de la complexit?u'appelle le titre de cet ouvrage si la riche et originale

introduction de B. Maggi ne nous y avait invit? Je ne le crois pas, dans la

mesure o? plupart des autres contributions qu'il rassemble rel?nt plus

d'un classique dossier sur quelques-uns des d?ts en cours dans le microcosme

des sciences de l'?cation, que d'une contribution ?a remise en question

?st?logique des "conceptions alternatives" dont nous disposons

aujourd'hui de la complexit?quot;des processus de formation et d'?cation".

Th? que pr?nte et qu'argumente de fa? stimulante 

B. Maggi, le directeur de l'ouvrage, professeur de th?ie des organisations

?'Universit?e Bologne, dans cette longue introduction, dont la port??st?que

d?sse largement le cadre disciplinaire sp?fique des sciences de l'?cation.

(Ce texte fut d'ailleurs publi?n fran?s par H.Bartoli, dans la Revue "Economie

et Soci?" 'S?e AB, n, 19, 11-12 en 1996. Et auparavant dans une publication

en italien).

La th? de B. Maggi ne surprendra sans doute pas

beaucoup les lecteurs de G.Lerbet ou d'Andr?e Peretti. Elle s'attache ?onter

que toute conception d'un processus de formation et d'?cation, repose sur

un paradigme (il r?se le mot, mais garde l'argument) ?st?logique Il propose

de pr?nter les trois paradigmes de r?rence sur lesquels peuvent aujourd'hui

se comprendre les actions de formation et d'?cation : Les deux premiers ?nt

ceux qui nous sont peu ou prou familiers depuis un si?e pour le premier (la

conception m?niciste ), depuis un demi si?e pour le second (la conception

organiciste), l'un et l'autre reposant sur la convention positiviste que

l?timent encore les institutions sociales.

Par contraste la pertinence d'une autre alternative

?st?logique ?rge ais?nt, qu'il va prudemment qualifier de "conception

de l'acteur et du syst? construit" (pour ne pas dire "conception

constructiviste" ou "du syst? s'organisant" ou "du syst?

complexe" !). Les lecteurs familiers de l'ouvrage - manifeste de G. Lerbet

, l'analyse

des besoins en formation").

Il souhaitait, ?artir de ce cadre paradigmatique

susciter un d?t entre divers champ d'exp?ences, de fa? ?e nourrir des

pratiques et critiques qu'il appelle. Mais je crains qu'il n'y soit pas effectivement

parvenu. Les auteurs qu'il a sollicit?ne se sont gu? r?r?au cadre ?st?que

qu'il ?blit et semblent avoir pr?nt?eurs travaux ou leur th? sans grand

soucis de concertation mutuelle et sans chercher ??ttre. Si bien que le

lecteur est tenu ?es interpr?tions h?tantes .

Le texte d'Y.Schwartz intitul?quot;Discipline

?st?que, discipline ergologique " introduit le concept d ' "Ergologie"

et j'ai quelques difficult?ncore ?e relier au paradigme constructiviste

de l'action organisante que propose B.Maggi. Il est assez malais? interpr?r

dans ce contexte (je me suis demand?n instant si l'ergologie ?it ?'ergonomie

ce que l'astrologie est ?'astronomie ? ) : "La discipline ergologique

est donc non une discipline au sens d'un champ du savoir sp?fique, mais une

norme que doit se proposer l'ambition intellectuelle d?lors qu'elle a affaire

?e type de processus : l'?ipement intellectuel ant?dent ?oute lecture

d'un processus ergologique ne doit donc jamais ? l'inqui?de sur la l?timit? du corpus conceptuel par rapport aux renormalisation s et resingularisations

g?r? dans les d?ts plus ou moins locaux de l'activit?/i>."(p.47).

Il ne s'agit donc pas d'une ?st?logie de l'ergonomie (que les textes de

F.Daniellou, 1996, nous pr?ntent aujourd'hui de fa? s?eusement argument?

: voir en particulier «L'ergonomie en qu? de ses principes» Octar?

ed. ). Mais si je puis identifier ce qu'elle n'est pas , je suis plus incertain

quand il me faut dire ce qu'elle d?gne

Le texte de C.Wulf (qui publia avec E.Morin en 1997,

un petit essai fort stimulant, "Plan?, l'Aventure inconnue"

- et non "La plan? inconnue", titre que lui attribue l'?teur

- (cf note de lecture dans Cahier des lectures MCX n° 18 mars 1998) m?te beaucoup

d'attention, mais ne se r?re gu? directement au d?t ?st?logique annonc? : «Image et imagination».

On dira sans doute la m? chose des autres articles

de ce recueil, sauf de celui consacr? l'?de de l'apprentissage par les techniques

de simulation (de A.Gras et G.Dubey), intitul?quot;Les limites de la pens?

formelle dans la formation". L'exp?ence de la formation des pilotes

d'avions modernes ?'aide de puissants simulateurs m?te d'?e examin?dans

ses pratiques et dans les perceptions qu'elle suscite, tant chez les form?

que chez les formateurs. Je n'en retiens ici que la conclusion : "Traduction

technique d'une conception unidimensionnelle de l'exp?ence humaine, elle (la

simulation informatis? contribue paradoxalement par un effet de retour ?n

r?ler l'efficace et peut ?e ?a r?aluer "(p.129). On voudrait

associer cette proposition ?a l?timation ?st?logique, dans les termes

qu'en propose B.Maggi, mais les auteurs n'explicitent pas assez les articulations

entre les observations in situ qu'ils ont pu faire sur le terrain et leur paradigme

d'appui. Ils nous rappellent pourtant la tr?suggestive m?phore du «potage

au poulet» (p.106) : Les mod?s qu'on fait de ce potage sont produits ?'aide

d'une passoire. Elle r?p? les morceaux de poulets , mais le bouillon sera

perdu ! Que de mod?s enseign?pour guider la pens?et l'action sont faits

?'aide de cette passoire !

En revanche, ils reproduisent deux (p.116 dans le

texte et p.119 en note) le m? long paragraphe sur les mod?s des relations

entre pilotes et contr?rs ; peut ?e pour nous convaincre de l'importance

des redondances dans les communications professionnelles ?

Les comparaisons internationales qui ach?nt le

volume sont trop pointillistes pour que l'on puisse en inf?r des conclusions

pour action. Chaque culture est trop diverse pour ?e r?ite ?n st?otype.

La th?ie des "Mindscapes" de M.Maruyama aurait peut ?e

sugg? une autre probl?tique de comparaison ?

"Chacun est personnellement concern?ar

ses «choix» entre les conception , les th?ies, les pratiques "(p.32)

: La conclusion de B.Maggi sera s?ent la notre. Mais elle appelle un effort

civique d'explicitation loyale de ces choix qui les rendent intelligibles ? l'autre. Effort qui n'est pas ais?ncore, les autres textes de ce volume en

t?ignent.

J.L.Le Moigne .

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.