Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Christiane Peyron-Bonjan travaille dans le champ de la formation, avec des publics variés. Son livre retrace un des chemins possibles, "le sien", pour que, dans le dialogue éducatif et formatif, les deux partenaires du dialogue demeurent en mesure d'inventer pour se re-créer sans cesse.

Deux grands axes se trouvent ainsi déployés, pour se nouer autour d'une conception renouvelée du "qu'est-ce qu'apprendre ?" : d'une part, quelles visées l'éducateur-formateur poursuit-il dans l'usage qu'il propose de la parole ?, et, d'autre part, comment peut-on envisager, formaliser une autonomisation des acteurs du processus éducatif, le passage, justement, d'acteur à auteur ?

La réhabilitation du recours à une parole qui fasse toute sa place à la métaphore, à l'intuitif et à l'ambigu, armés d'une aptitude à décrypter le formalisme lui-même d'un parcours philosophique fléché par Christiane Peyron-Bonjan (Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, Bachelard). On comprend alors qu'il n'y a pas à choisir entre l'analytique et le compréhensif, entre une pensée qui catégorise et une pensée globale, entre séparer et relier, entre le concept et l'image.

La complexité de l'humain perpétuellement en devenir et inscrit dans son histoire et dans son monde (bio-anthropo-social pour Morin), trouve dès lors sa place comme co-émergence (Varela) de lui-même et du monde, dans la mesure où l'ingenio ne peut se concevoir qu'en demeurant ouvert à une multiréférentialité (Ardoino) "autorisée" par le"dia-logue" éducatif, et des procédures d'évaluation qui reconnaissent les processusd'auto-création (Bonniol).

Le chemin ainsi parcouru, des rhéteurs antiques à une "nouvelle rhétorique", nous montre comment l'impasse éducative, qu'on a voulu attribuer à "trop de paroles (du maître)" au détriment d'un "faire" (de l'élève), peut se penser aujourd'hui autour d'un nouveau dialogue et de nouvelles joutes verbales et réflexives, dans lesquelles se coconstruisent des heuristiques fécondes (Bruner) et par lesquelles émerge un sens à la fois propre et commun.

La mise en bouche de ce livre, que constitue la préface de Jean-Louis Le Moigne, rend hommage à la "merveilleuse puissance de l'esprit humain" qui ne se laisse jamais enfermer bien longtemps dans quelques tiroirs pré-définis et étanches : une apologie de la reliance, de la conjonction, du "com-plexus" sans lesquels il n'y aurait pas d'invention possible. Mais la problématique scientifique est plus complexe encore, nous rappelle-t-il, puisque c'est de l'enseignabilité de l'invention qu'il s'agit pour les formateurs. Un art possible si les paradoxes de la complexité veulent bien être reconnus et acceptés.

Frédérique Lerbet-Séréni

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.