Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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L'idée fait son chemin : ne peut-on comprendre l'organisation sociale de production comme un système de production de sens (immatériel) plutôt que comme un système de production de biens (matériels) ? La question en 1994 ne surprend pas trop, dès lors qu'on ne s'intéresse pas plus aux contenus de ces "sens" que l'économiste ne s'intéressait hier à la nature des biens produits ! En 1988, lorsqu'un groupe de chercheurs en sciences humaines et de praticiens en formation continue se réunirent en un colloque sur le thème "Culture, projet et citoyenneté d'entreprise", la question du sens surprenait sans doute davantage. A telle enseigne que la plupart des contributeurs de ce dossier, présenté six ans après sous le titre "L'Économie du sens", ne la posaient pratiquement jamais explicitement : les thèmes de la culture d'entreprise, du système de valeur, du culte de l'Excellence ou de la Performance, voire du Projet d'Entreprise, suffisaient alors à exprimer ce non-dit qu'est la fascinante capacité de l'action collective à produire du sens en se symbolisant elle-même. J. Ardoino a eu raison je crois de transformer subrepticement le thème de ce colloque oublié en le rebaptisant ; trop pompeusement peut-être "l'économie du sens dans les organisations post-modernes"... Ne cherchez pas "l'économie", il n'y en a guère, mais cherchez "le management" : il y est, fort alacrement défini et reconsidéré, encore que "de façon plus critique que topique" aurait dit G.B. Vico. Exercice original donc, dont j'allais écrire qu'il "datait" un peu (il était rédigé pour l'essentiel "avant" la chute du mur de Berlin !) lorsque je lus le livre de P. Bonarelli (dont je rends compte dans ce même Cahier MCX) : la thèse un peu naïvede "la réflexion est-elle rentable ?" nous renvoie en effet à une conception de la culture d'Entreprise qui doit être toujours actuelle puisqu'un éditeur prend le risque, en 1994, de lui consacrer un ouvrage ! Preuve que la réflexion critique originale des psychosociologues sur "la culture ou le projet d'en reprise" reste pertinente six ans après ; mais il ne suffit plus de protester contre "les abus d'emploi du terme - concept - ", il faut tenter de se reconstruire d'autres concepts, nous aidant à appréhender l'irréductible complexité de l'intelligence de l'action collective. Il me semble que l'appel récent de J.F. Raux (dans Transversales Sciences Culture n° 28, juillet 94) à "Une économie de la connaissance, voie d'un développement durable" suggère une voie prometteuse qu'il est aujourd'hui possible d'explorer. Ce dossier sur "l'Entreprise, économie du sens" peut alors être interprété comme un propos d'étape, un repère historique... qui nous aide précisément à construire aujourd'hui le sens de cette économie du sens. Ajoutons que l'éditorial présentant ce dossier, rédigé récemment par J. Ardoino (déc. 93), nous vaut le plaisir d'une lecture narquoise des discours contemporains sur le management qui, à elle seule, mérite le détour !

JLM.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.