Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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En rédigeant quasi simultanément, en 1947-48, son article pionnier "Science and Complexity" et sa longue introduction à "Mathematical theory of communication" de C.E. Shannon, W. Weaver établissait une correspondance entre les concepts de complexité et d'information qui semble toujours riche de promesses. Les développements quasi parallèles de la cryptographie ont suggéré un troisième terme, la computation, pour la compréhension et l'instrumentation de cette correspondance complexe. Peut­on faire le point, quelque quarante ans plus tard alors que mathématiciens et informaticiens assurent avoir beaucoup progressé dans la dernière décennie ? C'est le projet de ce bref recueil qui collige six études de six spécialistes réputés (J. Traub, J. Hopfield, A. Yao, ete.).

Peut­on marier la "théorie de l'information" (C. Shannon) et la "théorie de la complexité computationnelle" ? Ne faut­il pas concevoir une "troisième théorie" qui distinguera l'information d'un message (Shannon) de l'"information" contenue dans un message (les "" importent !). J. Traub (dans un texte très accessible qui synthétise bien ses travaux sur le thème de la complexité computationnelle, formalise une distinction entre la complexité combinatoire (l'information est complète, exacte et disponible) et la complexité "basée sur l'information" ("Information­based" : l'information est partielle, disséminée et coûteuse) : Autrement dit, une complexité attachée au problème à résoudre et non à l'algorithme de résolution, complexité qui exprime "l'irréductible incertitude" des données de ce problème. (On disposait déjà d'une intéressante présentation de la thèse de J. Traub dans un chapitre de l'ouvrage de sa femme, Pamela McCorduck : "The Universal Machine" ­1985 ­ Mc Graw Hill : Voir Afcet­lnterfaees, nov. 1988, N° 73, pp. 34­35).

Enrichi par cet effort original de conceptualisation, le lecteur demeure cependant "insatisfait, du fait peut­étre des instabilités du vocabulaire... au moins d'un auteur à l'autre : la complexité dans la théorie de l'information n'est pas la théorie de la complexité informationnelle, qui n'est pas la théorie de l'information complexe (ou incertaine), qui n'est pas la théorie de l'information computationnelle, qui n'est pas la théorie de la complexité communicationnelle, etc. Difficulté bien compréhensible dans un domaine présumé complexe. Il me semble que la distinction proposée par J. Traub entre la complexité combinatoire (celle des algorithmes P ou NP ?) et la complexité "informationnelle" est féconde. Mais alors ne faut­il pas convenir que les "résultats" mathématiques effectivement disponibles aujourd'hui portent surtout sur la complexité algorithmique ou combinatoire (l'hyper complication donc ?) et peu sur la complexité "informationnelle"... celle précisément à laquelle s'attachent les recherches sur la modélisation de la complexité ? Il reste que "Complexity in information theory" est désormais une "entrée" importante dans les bibliographies des études en sciences de la complexité : au moins parce que ce livre permet de poser ce type de question.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.