Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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"Intelligence collective" est un ouvrage collectif (titre oblige) sans doute et pourtant fortement personnalisé : chacun des huit chapitres est rédigé par un ou plusieurs auteurs dont le lecteur sent vite la marque (E. Bonabeau, G. Théraulaz, J. Gervet, J. Stewart etF. Varela, J. Erceau et J. Ferber, J.L. Deneubourg...) bien qu'ils aient concerté publiquement leur travail ("Colloque de Rochebrune", 1993). L'argument pivot est aujourd hui presque populaire, mais il était jusqu'ici difficile d'accéder aux documents fondateurs en langue française : si les termites, ou les fourmis ont des "comportements collectifs "intelligents" (savoir construire et gérer une termitière thermiquement stable par ex.) alors qu'ils sont présumés stupides, ne peut-on modéliser et simuler leur comportement : l'éthologiste remplace ici le psychologue cogniticien devant l'informaticien, et l'intelligence collective remplace dès lors l'intelligence artificielle. Et ça marche ! On le savait au demeurant depuis qu'en 1970, John Conway avait conçu et programmé le premier "jeu de la vie".

Il restait à théoriser, à organiser et à mettre en perspective ces intuitions tentantes, ce que vont faire nos auteurs avec une allégresse et un enthousiasme qui séduit le lecteur, le rendant indulgent pour les quelques critiques épistémologiques qu'il note souvent en passant : les concepts de base sont présentés (plutôt que discutés... ah la tautologie cachée du concept de viabilité !) dans un solide premier chapitre, suivi d'un feu d'artifice proposé par les éthologistes (quelle belle histoire que celle de cette discipline que nous ignorons trop souvent) et leurs compères biologistes (trois chapitres), relayés par les informaticiens de l'Intelligence artificielle distribuée (J. Erceau, et J. Ferber) et de la robotique, le tout s'achevant par de solides études de modélisation formalisée (Algorithmes et formalismes : deux chapitres).

On se dit, en achevant ce livre, qu'il faudra sans doute le ré-écrire dans quelques années (surtout le premier et les deux derniers chapitres) lorsque les concepts d'appui se seront mieux assurés épistémologiquement, et lorsque la boucle de l'intelligence collective sesera complexifiée par la prise en compte de la sémiotique et de la pragmatique dans la modélisation du comportement des agents. Mais, aujourd'hui, nous disposons d'un fort bon traité en langue française sur un des domaines les plus stimulants de la rechercheque suscitent les jeunes sciences de la complexité.

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.