Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Ce traité illustré d'épistémologie des sciences sociales à l'usage des chercheurs contemporains, soucieux "de bien conduire leur raison et de chercher la vérité dans leur science", ce traité est, par surcroît, l'oeuvre d'un écrivain. Le plaisir de lire une prose bien écrite est un plaisir si rare dans nos austères méditations sur l'intelligence de la complexité des sociétés qu'il perturbe le rituel du commentaire critique ! Mieux vaut, dès lors, le confesser d'emblée, pour inciter le lecteur à s'offrir lui aussi cette jouissance secrète.

Ce n'est pourtant que par son ouverture (pages 7 à 27) et par sa conclusion (les propositions récapitulatives (pages 357 à 395) que ce livre se veut renouvelant : le corps du texte, illustrations plutôt que Traité, reprend des articles publiés au fil des dix dernières années, par un sociologue scrupuleux, attentif aux conditions et aux modalités de production de la connaissance par les sciences de l'homme et de la société ; production qui l'incite à revenir encore sur les incertains fondements épistémologiques d'une discipline qui ne veut pas renier ses pères fondateurs, A. Comte et E. Durkheim en France ! Retour aux sources qui ne le conduit pas à interroger les épistémolgies sur leur terrain propre ; bien qu'il ne le précise pas, il reste dans la famille post-néopositiviste, et s'il ne veut pas se laisser découper par le couperet popperien de la "réfutabilité" (falsifiabilité), il sait fort bien montrer les bons usages de l'autre critère, celui de "l'exemplification". Le titre de son ouvrage l'annonce, c'est en s'inierrogeant sur le raisonnement "naturel" (et donc sociologique, en particulier) qu'il va proposer quelques jalons qui aideront le sociologue, l'historien, l'anthropologue ou l'économiste, à comprendre ce qu'il fait lorsqu'il interprète les résultats d'une analyse factorielle, ou lorsqu'il spécule en construisant des métaphores. Peut-être trouvera-t-on qu'il s'exerce trop modestement à ce jeu, et qu'en ne tirant pas parti du constructivisme méthodologique de G.B. Vico qui pourtant semble l'inspirer, il ne perçoive pas assez le caractère multidimensionnel des phénomènes sociaux ni l'infinie diversité des ruses de la raison ? Mais l'entreprise de restauration de "l'exemplification" dans le raisonnement scientifique à laquelle il se livre (les "propositions 331") demandait sans doute une "réserve silencieuse" sur les autres enjeux impliqués par la reconnaissance de la complexité du raisonnement sociologique". Pour les chercheurs et les doctorant en sciences sociales au fil des quinze prochaine années, je présume que "le raisonnement sociologique" de J.C. Passeron sera une référence aussi indispensable que la "Sociologie" d'E. Morin (Fayard 1984).

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.