Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Le titre ne dit peut­étre pas l'objectif de ce remarquable ouvrage, s'il en évoque assez fidèlement le contenu. Il s'agit "d'une présentation des concepts de base du formalisme applicatif ... mis en oeuvre dans l'analyse des phénonèmes linguistiques" (p.13).

Autrement dit, que peut­on dire aussi des formalismes (logiques) permettant d'effectuer (informatiquement et donc artificieusement) les raisonnements que les humains effectuent naturellement (et pas toujours sans artifices) par l'usagcs dcs langues naturelles ?

En pratiquc l. P. Descles passionncra vitc son lecteur pour les ressources ct lcs perspectives de "la logique des combinateurs" (H.B. Cury). Les "langages applicatifs", qui "s'enracinent sur l'opération fondamentale d'application d'un opérateur sur un opérande afin de produire dynamiquement un résultat" (p.15) vont en effet nous permettrc de "mieux appréhender conceptuellement des notions comme "opérateur", "processus", "concept", prédicat complexe "catégorisation", "construction", "abstraction", "substitution, "intégration", "intension", notions que la logique classique est incapable de capter adéquatement"

Car il saura très finement associer une présentation critique des nouveaux formalismes que le lambda­calcul et surtout les "combinateurs" apportent à la représentation des raisonnements et donc à la programmation, à une mise en perspective historique originale et fort bien documentée. Pour ma part, j'ai découvert et compris en le lisant l'itinéraire inhabituel qui partant de Frege et Peirce nous permet de contourner Russel et Whitehead comme les Bourbaki, en rencontrant Husserl, J. Ladrière, J. Piaget, L. Frey, J.B. Grize et Lesnievski. Cette nouvelle tentative de "montée vers la forme pure" (J. Ladrière 1973) n'est pas la seule tentative possible et elle ne s'intéresse sans doute que peu aux tentatives sans doute moins purement formelle, mais peut­être plus pragmatiquement rusées des logiques du plausible ou de l'autoréférence, voire des logiques naturelles et des nouvelles rhéthoriques et dialectiques ; mais elle constitue aujourd'hui une alternative solide et enseignable aux trop impérialistes logiques des propositions et des prédicats. Dès lors qu'une alternative est légitime, d'autres deviendront admissibles. Et on ne peut manquer d'être tenté par les vertus heuristiques de la logique des combinateurs (dans la présentation critique qu'en donne J.P. Descles) lorsque l'on reprend par exemple la riche introduction à "la logique naturelle" que nous donnait il y a peu J.B. Grize dans "Logique et langage" (Ed. Ophrys, 1990).

Même s'il fait ici oeuvre de "nouveau logicien", le propos de J.P. Desclès est d'abord un propos de linguiste : comprendre le langage et entendre une langue, actes cognitifs à la fois absolument complexes et pratiquement intelligibles, l'enjeu aujourd'hui concerne à tant de titres nos réflexions sur la modélisation de la complexité !

Le livre de J.P. Desclès comprend en outre une longue et très originale "bibliographie commentée" d'une centaine de titres qui rendra bien des services à ses lecteurs francophones. Car dans les "terres nouvelles" de la déduction naturelle et de la représentation cognitive, les explorateurs qui ignorent les premières cartes dressées par les pionniers risquent de se décourager. On sera frappé, une nouvelle fois, par la transformation des bibliothèques de nos nouvelles sciences : le monolitisme disciplinaire en est définitivement exclus. Désormais nous savons "l'oeuvre ouverte" pour reprendre le titre du bel essai d'U. Eco !

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.