Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Depuis que la science dite moderne avait fait acte d'allégeance à la logique formelle, science et rhétorique étaient censées s'ignorer. Au point que les académies ne voulaient même plus considérer cette science pourtant "comme les autres" qu'est "la science de l'argumentation", ou rhétorique : "La science cherche la vérité là où la rhétorique la manipule". Discours bien hypocrite pour les observateurs de bonne foi que V. de Coorebyter a réunis autour de la question "Science et rhétorique : dualisme ou dilemme ?". Discours surtout bien sclérosant pour la science en général et pour chaque discipline en particulier. Que l'on relise Aristote (M. Vegetti) ou Descartes (F. Hallyn), que l'on questionne les épistémologies (V. de Coorebyter), que l'on débarrasse de leurs oripeaux scientistes les sciences de la cognition (P. Oléron), que l'on considère les histoires de la physique (G. Holton), de l'économie (D. Mc Closkey), de la biologie (F. Duchesneau), de la linguistique (V.C. Chevalier) ou même des mathématiques (J. et M. Dubucs),... partout on retrouve, permanente et instante, cette aptitude de la raison humaine à argumenter en reliant par topes et tropes; aptitude qui caractérise la rhétorique. Pourquoi dès lors la cacher, l'ignorer, et nous priver ainsi des ressources du raisonnement critique que rythme si bien "une pensée qui relie", ou plutôt peut-être disait P. Valéry "une pensée qui figure". Charles Roig a rappelé, dans son étude"Rhétorique et modélisation des interactions sociales" (Dossier MCX VII, 1994, p115), ce propos de P. Valéry inaugurant son cours au Collège de France en 1937. "C'est là le domaine des "figures" dont s'inquiétait l'antique "Rhétorique" et qui est aujourd'hui à peu près délaissé par l'enseignement. Cet abandon est regrettable..." (OE. Pléiade, T. I, p. 1440). Et il a repris récemment une réflexion sur la rhétorique dans le discours mathématique (c. le Dossier MCX X, 1995, qui prolonge en direction de "l'invention" celle que nous présentait ici J. et M. Dubucs, restreinte à l'étude de "ce jeu non-coopératif" qu'est la preuve en mathématique.

Un dossier convaincant qui présente quelques mérites incidents qu'il faut souligner : outre quelques propos de bon sens sur le laxisme de bien des discours (qu'il cite) s'affirmant "de sciences cognitives", un exposé en langue française de l'économiste et rhéteur américain D. Mc Closkey (qui irrite beaucoup nombre de ses confrères... sans doute par son bon sens aussi !), et un texte très intéressant de F. Duchesneau restaurant le statut de la téléologie dans les sciences biologiques (statut qu'on est tenté de généraliser à celui des autres sciences et en particulier aux sciences de l'ingénierie et aux sciences de la société). Autant de propos sans doute non conformistes, et par là même toniques, dont les sciences de la complexité font et feront volontiers leur miel.

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.