Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

Le "trait" n'est-il pas le seul procédé dont nous disposions pour nous exercer à la modélisation intelligible des phénomènes que nous percevons complexes ? Pourtant, rappelait P. Valéry, il nous faut "bien comprendre qu'il n'y a pas de "traits" dans la nature que le trait est une décision à prendre" (Cahiers II, p. 1579). Que l'on n'ait guère prêté attention jusqu'ici dans le discours scientifique à l'importance et à l'intérêt du "-trait-, index d'une activité protéiforme qui se manifesterait par priorité sous l'espèce graphique" (H. Damish, p. 143) pourrait nous étonner si l'on ne se souvenait que celui-ci s'est forgé depuis deux siècles sous la quasi exclusive emprise de l'analytique : une analytique en quête de "lignes prêtant à la description sous forme passive au sens où l'on dit d'un mobile qu'il décrit une (ligne) courbe" (p. 174). Dès lorsque "ce que le trait représente ou ce qu'il signifie importe moins que ce qu'il décrit, au sens actif du verbe (la ligne est décrite, le trait décrit)", on conçoit que la modélisation systémique, plus active, moins passive, ait cherché à s'approprier la fascinante puissance du trait : "Le trait comme opérateur... pour voir le discours faire alliance avec l'image" (p. 175).

Le prétexte à cette méditation sur la fonction modélisatrice du "trait" (un concept que l'anglais a emprunté au français, le définissant fort correctement comme "the act of drawing", et l'utilisant également en toute généralité : les traits du phénomène, ou les traits du modèle) est un passionnant "Traité du trait" rédigé par H. Damish, traité qui accompagne, en guise de catalogue, une belle exposition montée au Louvre en 1995 sous ce titre, titre qu'il emprunte sans doute au "Tractacus" de L. Wittgenstein lequel proposera quelques exergues bienvenus à cette méditation. Sans doute aurait-il pu faire davantage appel à P. Valéry aussi, mais il n'empêche nullement son lecteur de le faire librement. Et j'aimerais relever cette invitation initiale à faire du trait, cet artifice, une décision, en sous-titrant ce traité par synonymie : "traité du trait, traité de la décision" .Les jeunes sciences de la décision ne trouveront-elles pas là, par surcroît le prétexte à quelques renouvellements bienvenus ? En entendant "modélisé" par "traité", et en nous autorisant des mille jeux de miroirs que nous propose ce bel instrument "que l'oeil exige des mains de l'homme" (L. de Vinci), ce "traité du trait" devient pour chacun une source précieuse "non seulement de description, mais aussi de détection" (p. 143).

J.L. Le Moigne

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.