Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Nouvelles Sciences. Modèles techniques et pensée politique, de Bacon à Condorcet

    Date de l'ouvrage : --
    Ecrit par : TINLAND Frank (direction)

    Ed. Champ Vallon, F. 01240, ISBN 2-87673-261-0, 1998, 187 pages.
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Février 2003)

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Pour comprendre l'émergence de tant de "Nouvelles Sciences" dans la seconde moitié du XXe siècle il n'est pas inutile de s'intéresser au processus d'apparition des nouvelles sciences au XVIIe et au XVIIIe siècle… en particulier dans les champs déjà enchevêtrés à l'époque des disciplines que nous qualifions aujourd'hui de sciences de l'ingénierie et de sciences de la société. C'est ce qui a incité F. Tinland à réunir une dizaine de contributions de philosophes historiens qui nous proposent une lecture inattendue de quelques chercheurs devenus trop illustres pour que nous songions à les lire. Les lire et surtout comprendre les contextes dans et par lesquels ces grands novateurs… surent innover et former des questions que nous explorons encore aujourd'hui.

Notre culture scientifique n'a-t-elle pas trop souvent réduit la réputation du Siècle des Lumières à celle des initiateurs des seules nouvelles "sciences dures" : Galilée, Descartes, Newton, Leibniz,… oubliant les contributions au moins aussi importantes pour nous deux siècles plus tard, de F. Bacon, de Locke, de Hobbes, de Rousseau, de Turgot ou de Montesquieu… Savions-nous que Leibniz pourrait être tenu pour le père de la cybernétique politique, ayant même forgé le mot français de " Gubernation " pour la désigner ? Témoignage significatif, rares sont les noms de ces pionniers des "nouvelles sciences douces" que va évoquer ce recueil, que l'on retrouvera dans le riche et tout nouveau "Dictionnaire d'histoire et de philosophie des sciences" (D. Lecourt, éd. PUF, 1999).

Il ne s'agit ici que de "quelques coup de sonde dans l'histoire complexe des relations entre les nouvelles formes du savoir et l'intérêt porté aux dispositifs techniques… Figures variées qui, jalonnant deux siècles d'histoire, nous révèlent les fondations d'un monde moderne dont nous ne savons plus très bien si nous en sommes encore si proche…" (p. 9). Ne demandons donc à ces essais que quelques repères nous incitant à ne plus simplifier l'histoire des sciences, et ne leur faisons pas grief d'avoir oublié G. Vico dans ce paysage pour nous encore brumeux. Ces quelques échappées nous donnent déjà quelques lumières. Je suis tenté, en achevant de m'arrêter sur celle que je retrouve dans plusieurs articles, et que C. Larrére présente dans les termes de J.C. Perrot (auteur de l'importante "Histoire intellectuelle de l'économie politique", 1992) : "Il y a au XVIIIe siècle deux formes antagonistes d'intelligibilité pour aborder l'étude des sociétés : le modèle herméneutique d'étude de l'histoire (dont G.Vico nous donnerait sans doute l'archétype), et le modèle analytique d'étude de la nature (dont les physiocrates sont sans doute l'archétype)… celui d'une physique de la société dont le paradigme scientifique sera le réductionnisme mécaniste…" (p. 128). Dualité qui se poursuit peut-être encore aujourd'hui sous des noms peu différents. Le long règne des seconds n'a-t-il retardé le développement des premiers, développement dont nous commençons enfin à percevoir l'intérêt. Bien des matériaux que nous quêtons aujourd'hui pour assurer ces développements accélérés des sciences douces ne sont-ils pas disponibles dans les textes de F. Bacon, de G. Vico ou de Turgot ?

"Pour faire le point sur notre propre situation", conclut justement F. Tinland, ce "retour sur ce qui fut essentiel " ne sera pas inutile.

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.