Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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L'ouvrage s'ouvre sur une interpellation sympathique : "Les commis voyageurs de la communication sont priés de mettre un peu d'ordre dans leurs affaires"... "Car tout le monde est concerné". Et il se poursuit par une déclaration d'intention prometteuse : l'étude des communications cellulaires n'a commencé que depuis trois décennies et s'accélère avec l'immixion de la biologie cellulaire (qui a failli les faire oublier !). Cette étude ne peut-elle apporter quelques ressources nouvelles qui "expliquent le fouillis actuel de la Communication" ? En attendant une hypothétique théorie générale de la communication "qui pour l'instant n'existe pas" ne peut-on "rassembler" et mettre en ordre les données" en s'aidant des niveaux d'analyse que retient la biologie cellulaire ct moléculaire ? En assumant les deux faces de sa culture "celle du biologiste et celle du citoyen" Max de Ceccaty va s'efforcer "d'explorer le fouillis de la communication sociale" (Shannon et Weaver, Bateson et Watzlawick, Wiener et Ashby, Serres et Levi strauss, etc...) en s'aidant des "modéles" présumés des communications intercellulaires au sein des tissus organiques. Modèles incertains encore, qui doivent plus à la cybernétique classique qu'à la systémique de la complexité semble-t-il.

Exploration sympathique d'un chercheur cultivé, qui cite volontiers P. Valéry ou E. Morin, mais qui laisse le lecteur quelque peu insatisfait. S'il connaissait "le fouillis", il le retrouve, enrichi parfois d'anecdotes plaisantes, mais il ne "l'organise" guère mieux. Les modèles de la communication cellulaire sont encore bien hypothétiques (les cellules communiquent ou échangent-elles ? Qu'échangent-elles ? Comment ?). On change subrepticement de paradigme, de l'énergétique à l'inforgétique, sans que ce changement s'explicite assez dans l'interprétation. L'imbrication ces régulations neuronales et hormonales n'est-elle pas décisive pour comprendre ces interactions complexes. Les enjeux épistémologiques des questions abordées ne sont-ils pas réduits à un tableau bien "réducteur" proposé par le biologiste R. Chase que l'auteur semble faire sien en le résumant (p. 192) : "Descartes tenant de l'interactionisme objet-sujet", n'est-ce pas une interprétation trop "facile" ?

Que l'entreprise soit tentée, malgré ses difficultés, mérite d'être salué. Ne faisons pas griefs à l'auteur de n'avoir pas défait du premier coup le noeud gordien de la communication. Son essai, comme celui contemporains de D. Bougnoux ("la communication par la bande") constitue un terreau... au sein duquel, peu à peu, germera le buisson ardent des sciences de l'information et de la communication entendues enfin dans leur complexité.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.