Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce livre est sans doute le premier en langue française présentant une "introduction aux sciences de l'information et de la communication"! Sans doute disposait-on depuis quinze ans du manuel de R. Escarpit : "Théorie générale de l'information et de la communication" (Hachette, 1976), et des ouvrages prolixes d'A. Moles, mais il ne s'agissait que d'une présentation "en extension" de la pervasive "Mathematical Theory of Communication" de C. Shannon (judicieusement présentée dans ses ressources potentielles par W. Weaver). G. Bateson et l'Ecole de Palo - Alto y étaient inconnus, comme la Sémiotique et la Pragmatique (C.S. Pierce) et bien sûr les théories de l'auto-organisation et leurs développements tant dans l'ordre des sciences de la communication que dans celui des sciences de la cognition (H. Von Foerster, J. Piaget, H. Atlan, E. Morin, F. Varela etc...). Etonnante lacune à l'heure où la "demande" d'intelligence de la communication est si forte face aux nombreuses entreprises passéistes de "diabolisation" d'une discipline et d'un concept qui sont condamnés avant même de s'être manifestés (ainsi la "critique savonaralonienne" de L. Sfez,1989, aussi déchaînée et stérile que celle d'H. Dreyfus contre les sciences de la cognition). Ce n'est pas le moindre paradoxe de ces nouvelles disciplines. Elles sont proclamées enseignables (il existe des chaires de sciences de la communication sociale dans la plupart des universités occidentales) avant même d'être enseignées de façon quelque peu disciplinée ! Sans doute au nom d'une pragmatique qu'elles revendiquent fort légitimement : "on prouve le mouvement en marchant et le chemin se construit en cheminant".

L'entreprise de D. Bougnoux mérite donc d'être saluée avec enthousiasme et avec admiration : enfin une tentative courageuse pour produire un manuel d'enseignement. "Joyeux fourre-tout, chantier passionnant plein de trouvailles de curiosités d'enjeux industriels et de changements sociaux" annonce l'éditeur de cette "boite à outils" sur la jaquette de couverture. Enthousiasme sincère, mais lucide. Cette tentative n'est pas encore "un coup de maître". Les théories rassemblées ne sont guère "articulées entre elles", et le "projet complexe" des sciences de lacommunication n'est pas encore apparent : la juxtaposition du "medium et du message", du "canal et du code", des "hiérarchies enchevétrées et de la clôture informationnelle", du "calcul et du langage", du "direct et du différé", de la "psychanalyse et de la psychologie de masse", de "l'épistémologie et de la médiologie", du "digital et de l'analogique", etc..., ne suffit pas àétablir un construit théorique "cultivant" !

"Communication et culture : le plus étranger des problèmes" s'étonnait Paul Valéry. Le problème reste encore bien étrange, même si, grâce à D. Bougnoux, il nous devient un peu moins étranger.

Le chantier est ouvert et reconnu dans son inépuisable complexité. Il importe que l'on soit maintenant nombreux à y oeuvrer, avec peut-être une plus grande exigence épistémologique et une attention plus soutenue à la complexité du concept coeur de toute communication : l'ineffable symbole ; avec peut-être aussi une conscience aiguë de l'imbrication de la science de la communication et de la science de l'organisation. Complexe d'actions ayant projets et mémoires.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.