Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Le discours, acteur du monde - Enonciation, argumentation et cognition

    Date de l'ouvrage : --
    Ecrit par : VIGNAUX Georges

    Ed. ORPHYS, Paris, 1988 - 243 p.
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Février 2003)

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Logicien avec J.B. Grize, psychologue avec F. Bresson, linguiste avec A. Culioli, G. Vignaux propose une réflexion dense... et argumentée... sur l'argumentation et donc sur la cognition. L'exercice le conduit à une interrogation sur les fondements épistémologiques de sa thèse : "Les opérations cognitives sont indisscaciables des opérations langagières" (Penser et parler sont inséparables) : réflexion qui nous vaut un tranquille manifeste du constructivisme très Piagetien d'inspiration. Pour l'intelligence de ce processus irréductiblement complexe qu'est la cognition, l'étude du langage - ou plûtot du discours énoncé par un sujet cogitant - s'avère décidément au moins aussi riche que l'étude de "L'Homme Neuronal" ou des connexionismes cette réflexion sur l'argumentation entendue dans sa complexité intelligible (cognition et enonciation) en témoigne de façon convainquante. On peut "modéliser l'échange d'arguments en terme d'enchaînements compréhensifs s'organisant en schémas de parcours cognitifs".

Une lecture originale de la lignée de la dialectique (science de l'argumentation) d'Aristote à Ch.Perelman va le conduire à une définition qui semble opérationnelle de "L'argumentation" la différenciant sans la disjoindre de "la démonstration" : "Toute argumentation s'identifie à l'énoncé (ou plutôt à l'énonciation ?) d'un "problème"", alors que (j'interprète) la démonstration s'identifirait à la résolution d'un "probléme"". Cette distinction n'autorise nulle hiérarchie entre la "démonstration" dite logique et l'argumentation qui ne doit pas être une "démonstration mal faite" qu'on la tienne pour logique dialectique ou rhétorique !

Une thèse qui enrichit et conforte le paradigme cognitiviste même si elle ignore les raisonnements sur les images mentales (symboliques formation de shunks). Ce sera sans doute le seul regret du lecteur de G. Vignaux : la modélisation du raisonnement par systèmes de symboles (H.A. Simon A. Newell...) et la modélisation des raisonnements récursifs semblent encore délaissées par cette théorie de l'argumentation. Mais on devine que G. Vignaux a lui aussi envie de répondre "oui bien sûr" à la question d'Alice au pays des merveilles sur laquelle il achève son essai : "le problème est de savoir si on peut donner à ce mot tant de sens différents"...."oui bien sûr"... plutôt que la réponse que L. Carroll attribuait cyniquement à Humpty Dumpty : "le problème est de savoir qui commande, rien de plus".

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.