Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Qu'il ait fallu attendre l'émergence des "nouvelles sciences" de la complexité pour concevoir et construire une nouvelle discipline enseignable les cyndiniques ou sciences du danger n'est-ce pas là un témoignage convainquant de la pertinence de l'entreprise épistémologique du programme MCX ? Quelle que soit l'évolution académique de cette nouvelle et déja riche discipline, elle nous vaut désormais l'occasion rare encore de l'étude de sa genèse en situation : il y a cinq ans la discipline n'existait pas et n'avait même pas de nom alors que "depuis 1755, année ou Rousseau donne une interprétation révolutionntaire du tremblement de terre de Lishonne" sa nécessité nous devenait de plus en plus manifeste. Mais comment concevoir une telle discipline "inclassable" dans des académies figées par le tableau synoptique des disciplines positives d'Auguste Comte de 1828 ? Il fallait assumer délibérément un changement de paradigme pour échapper aux "aveuglements considérables suscités par le choix d'un champ trop étroit dans les études de danger" (p. 391). Avec lucidité et modestie C.Y. Kervern et P. Rubise acceptent cette option organisatrice : le paradigme systémique leur propose un référentiel au sein duquel s'articulent les pièces d'une documentation d'une étonnante diversité entre cyndinogenèse (les causes) et cyndinolise (les remèdes) : les contributions des disciplines (toutes semblent concernées !) s'enchevètrent ainsi intelligiblement en terme de production d'énoncés enseignables (et parfois déjà enseignées, montrent les auteurs). Un corps de concepts originaux agençable en grille de lecture et instruments de mesure une première tentative pour élaborer quelques "lois du danger" des thèmes à explorer pour les centres de recherche des programmes d'enseignement supérieur... tous les ingrédients d'une "nouvelle science" construite sur un projet délibéré de connaissance ("Echapper à l'illusion de la fatalité") commencent ici à se rassembler.

Sans doute en demanderons-nous davantage : qu'elle est la genèse cognitive de ces concepts et de ces lois ? Pourquoi ceux-là et pas d'autres auxquels on avait un instant pensé ? Comment se transfonne notre "faculté de juger" ? Le chantier est à peine ouvert et la tâche des chercheurs et des praticiens (les futurs "cyndiniciens" qui sont plus que nos ''risk - managers") est immense. Pour les sciences de la complexité les cyndiniques constituent une exceptionnelle illustration et un puissant creuset : en les développant nous forgerons une expérience de recherche interdisciplinaire qui enrichira bien d'autres explorations au sein des sciences de l'ingénierie des systèmes complexes. Et comme nous sommes tous concernés, de la centrale nucléaire aux accidents domestiques, du bogue du logiciel informatique à l'épidémie virale, il est probable que nous serons nombreux à tenter de contribuer à l'essor réfléchi des sciences de l'ingénierie cyndinique, "the newest science of the artificial" (titre d'un article qu'H.A. Simon consacrait en 1980 aux sciences de la cognition). Les participants du programme MCX savent l'apport de G.Y. Kervern à nos travaux collectifs depuis plusieurs années. Renouvelons lui ici l'expression de notre gratitude collective pour cette contribution décisive qui nous conforte tous, si besoin est, dans la conviction de l'importance de notre entreprise collective au moment où nous entrons dans "l'ère Damocléene" (pour reprendre une formule d'E. Morin par laquelle G. Kervern et P. Rubise concluent leur "Introduction aux cyndiniques").

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.