Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • La norme du vrai. Philosophe de la logique

    Date de l'ouvrage : --
    Ecrit par : ENGEL Pascal

    Ed. Gallimard. NRF Essais. Paris 1989, 412 p.
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Février 2003)

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"Par "logique" j'entendrai, au sens courant, la théorie des inférences valides en vertu de leur forme. On admet en général que cette définition ne s'applique qu'à la logique déductive et que la théorie des inférences inductives ne fait pas partie de la logique proprement dite...

La question de savoir pourquoi il en est ainsi est en elle même très intéressante, mais on ne peut espérer y répondre que si l'on a au préalable une idée claire de ce qu'est la logique de référence, c'est d dire la logique déductive. Celle-ci pose déjà des problèmes suffisamment complexes pour qu'on laisse de côté ceux que pose la logique inductive." (p. Vll).

Cette conception de la logique, certes très largement partagée par tous les logiciens contemporains, qu'ils soient mathématicien ou philosophes, ne risque pas de nous livrer beaucoup de règles fructueuses pour bien conduire notre raison si elle nous garantit de bien gérer les raisonnements syllogistiques (et ceux-là seulement). Une logique qui non seulement réduit le raisonnement à la vérification formelle ("la norme du vrai") mais surtout lui interdit l'exploration de l'invention, la connaissance du nouveau, la richesse de l'ouverture de l'esprit et de sa capacité à conjoindre des symboles.

L'essai de P. Engel nous vaut un exposé remarquable de cette logique déductive formelle telle qu'on peut la décrire et l'interpréter académiquement à la fin du vingtième siècle. Qui se plaindra de voir la philosophie se ré-approprier la logique après la longue annexion (un siècle !) que la mathématique avait réussie grâce à l'intervention de Russel et Whitehead ? Mais faut-il pour autant que la philosophie se résigne à ne plus explorer l'ineffable et mystérieux complexe de "la Vérité". En concluant qu'est "vrai" un énoncé "conforme aux normes d'une logique formelle déductive" laquelle n'est pourtant pas "la loi d'une quelconque réalité" ne défigure-t-on pas dramatiquement les significations de la Vérité ? Si c'est la logique qui définit le vrai et non plus la quête du vrai qui légitime le raisonnement "logique", ne sacralisons-nous pas à notre insu un système de règles bien arbitraires et souvent fort contre-intuitives ("La loi du tiers exclu - est - elle "vraiment" - simplement (sic) une généralisation de l'expérience universelle selon laquelle certains états mentaux sont destructeurs d'autres états" ? : fonnule de Bain, dans "Logic" 1843 citée page 375. Cette expérience est-elle "vraiment" universelle ?

La logique déductive s'avère décidément bien contraignante dès lors que l'on veut l'imposer au nom de "sa capacité à seule dire le vrai". Après avoir argué en concluant que "la logique n'est pas partisane : elle ne nous engage à adopter aucune ontologie particulière" (p. 415) P.  Engeldevra ajouter, sans percevoir la "contradiction" de ce propos : "Les conventions que nous adoptons sont contraintes par une réalité qui existe indépendamment de nous. En ce sens j'a idéfendu une conception réaliste de la nature de la logique" (p. 416). Remercions le de sa probité, et demandons lui comment "la logique", dès lors, peut être neutre, indépendante de toute ontologie. Si "une règle logique est l'énoncé des principes directeurs qu'un agent doit suivre s'il est rationnel" (p. 418), ne sommes nous pas dramatiquement contraints par ces logiciens partisans (comme chacun de nous) dès lors que nous voulons nous comporter de façon rationnelle ("bien conduire sa raison") : n'est-il pas d'autres règles pertinentes que celles de la logique déductives pour "bien raisonner" ? Aristote au secours, les syllogisticiens reviennent !

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.