Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Dans une société qui n'est plus massivement culturellement "tenue" par une transcendance supérieure liant ses membres à eux-mêmes, aux autres, et au monde, la question du sens se trouve alors remise entre les mains de chacun d'entre nous, provoquant ce que certains ont pu nommer une "crise du sens". Ce terme de "crise", dès lors que l'on veut bien l'entendre comme espace/temps chaotique et ouvert, peut devenir point d'ancrage de réorganisations et reconstructions, nœud porteur de sens multiples que chacun pourrait alors démêler et retisser pour s'inventer son propre rapport à la transcendance. Dans le sillage de Gaston Pineau, les coauteurs de cet ouvrage pensent que ce travail peut être soutenu par l'Histoire de Vie, qui devient une possibilité méthodologiquement armée donnée à chacun de "construire du sens à partir d'expériences personnelles". Cependant, un certain nombre de questions sont posées par l'introduction de l'Histoire de vie en formation et dans le cadre du travail social : - le procès d'élaboration de sens ne peut pas être envisagé comme directement émergent de la production de discours de soi sur soi ; - cette construction de sens doit pouvoir opérer au-delà de sa dimension solipsiste, et réintroduire du sens socialisé et socialisant ; - le sens n'est cependant ni déjà là, comme perdu à retrouver, ni transmissible par quiconque à quiconque. Ces trois questions, pour n'évoquer qu 'elles, posent alors, conjointement à l'actualité des Histoires de Vie comme méthodologie de production de sens, celle de l'accompagnement (des accompagnements) de ces processus complexes, bio-cognitivo-sociaux. Comment faire, comment être, pour que l'autre construise "son" sens, dans "ce" monde que nous partageons et à l'élaboration duquel aussi nous participons ?

Ce sont ces questions qu'aborde ce livre, en les appréhendant de manière variée, avec des regards, des entrées et des références plurielles. Ainsi, sommes-nous, lecteurs, invités à nous approprier des outils de réflexion et des terrains d'actualisation multiples, pour ce "voyage en accompagnement", - voyage dans le temps, dans l'espace, dans des institutions et dans des cultures. C'est un des grands apports de ces textes, que de montrer la richesse potentielle de ce qui est aujourd'hui nommé "la fonction accompagnement" dans ses rapports avec l'Histoire de vie, et de tenter d'en élaborer la place à la fois singulière et multiple en la confrontant à des domaines où elle est plus traditionnellement connue et reconnue (la formation, la recherche, le travail social, la psychanalyse, de grandes traditions spirituelles). On pourrait cependant regretter que, dans certaines contributions, le travail critique n'ait pas été suffisamment poussé, laissant peut-être, parfois, le sentiment que "les histoires de vie, ça marche", sans que l'on sache ce que recouvrirait le "ça". Il devient alors difficile d'en repérer les failles, les manques, pour les travailler éventuellement, avec les histoires de vie ou autrement, en complémentarité. Les "ratés" de l'accompagnement, les conflits et tensions qu'il engendre, auraient certainement mérité aussi de trouver une place constructive dans la dynamique relationnelle, afin de lever un doute dans l'esprit du lecteur, qui pourrait croire à un nouvel horizon d'harmonie redevenu possible, par indifférenciation.

Il demeure que cet ouvrage fera désormais référence pour ceux qui, chercheurs et praticiens, se sentent engagés dans un rapport à l'autre qu'ils pensent pouvoir placer sous le sceau de l'accompagnement d'un sujet qui tente de devenir auteur de sa propre vie, et qui ne prétendent pas résoudre les paradoxes de cette posture, tels que G. Pineau les évoque (p. 20) : "présence/absence, parole/silence, repos/activité, solitude/accompagnement". Faute de cela, on pourrait avoir l'illusion que le travail du sens pourrait se faire sans production conjointe de non-sens.

F. Lerbet-Sereni

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.