Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

A celui qui veut choisir la coopération et accepter les efforts qu'elle exige, à celui qui veut apprendre à distinguer les fonctions réorganisatrices d'un conflit, de ses fonctions destructrices des personnes et des institutions, il faut recommander la lecture de "Figures du conflit".

Michel Monroy, psychiatre, et Annie Fournier, historienne, nous y proposent des réflexions hautement salutaires fondées sur une série de récits de conflits exemplaires. Chacun pourra reconnaître dans ces histoires, familiales et professionnelles, des épisodes de sa propre vie et bénéficier de la modélisations systémique qu'ils en proposent tout au long du livre.

Ayant laissé de côté les explications classiques des conflits, "la plus banale des activités humaines et peut-être aussi la plus complexe", les auteurs nous proposent de poser un regard neuf et acéré, non dénué d'un humour nourri aux paradoxes.

Nous découvrons, avec leur aide, que le conflit remplit des fonctions essentielles, utiles à connaître, qu'il possède une dynamique propre, difficile à conduire enfin, qu'il échappe le plus souvent au contrôle de ses protagonistes.

Car si on engage volontairement un conflit avec de bonnes raisons et avec des espoirs précis, faire capituler l'adversaire voire l'éliminer du champ, restaurer son droit, son identité, sa légitimité, on en reste rarement le maître. Plus d'un s'y sont faits littéralement engloutir corps et bien.

D'un contexte initial où s'entremêlent rancunes, rivalités, intérêts divergents, idéologies incompatibles, un événement peut déclencher le feu aux poudres : agression, faute, erreur, transgression, offense vraie ou supposée. Les réactions ne se font pas entendre et le conflit s'installe alors, puis s'amplifie et enfin s'autonomise.

Parce que le conflit remplit un certain nombre de fonctions précises :

- révéler les contradictions cachées, présentes dans le système humain considéré :

en ce sens, il informe ;

- sortir les acteurs de l'inertie et contribuer à les mobiliser dans un camp :

en ce sens, il réveille et met en mouvement ;

- remettre en cause l'ordre ancien et permettre une réorganisation en détruisant au passage les coquilles vides :

en ce sens, il vérifie la solidité des structures et nettoie le terrain de ses cadavres ;

- faire chuter une complexité devenue difficile à vivre en une opposition confortable du bon et du mauvais, du bien et du mal, des amis et des ennemis :

en ce sens, il simplifie.

C'est alors que nous sommes conduits à choyer cette irremplaçable ennemi dont nous avons un étrange besoin pour structurer notre vie relationnelle et professionnelle.

Si quelques traitements du conflit sont passés en revue comme pour ouvrir des portes, de la psychothérapie aux différentes méthodes systémiques pour aboutir à la thérapie familiale, l'originalité du livre est ailleurs : dans ce double regard du psychothérapeute et de l'historienne qui repèrent les invariants dans les conflits, qui proposent une modélisations systémique qu'ils appliquent à des situations et des environnements variés. Alors nous comprenons mieux nos comportements apparemment irrationnels qui visent en effet à rendre lisible et simple une situation à nos yeux illisible et complexe, justifier des choix injustifiables, à garder la face en invoquant des valeurs universelles.

Si un conflit se construit avec méthode, ses protagonistes qui en sont les architectes, les bâtisseurs et les organisateurs, peuvent finir pour en devenir les jouets et les victimes.

La lecture de ce livre, ciselé en dentelle, nous aide à construire de meilleures représentations des structures et des processus à l'œuvre dans les conflits potentiels ou actualisés et à être plus lucide sur les comportements et les stratégies qui s'y développent.

Gilles Le CARDINAL

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.