Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Félicitons d'abord l'éditeur (la collection "Science Ouverte") puis étonnons-nous : comment se fait-il que cette "pièce de musée" (l'auteur est le célèbre directeur du remarquable musée des sciences de Barcelone), qui date de 1985, soit restée si longtemps ignorée de nos bibliothèques de langue française consacrées aux nouvelles sciences de la complexité ? En 1985 l'ouvrage était manifestement original, même s'il ignorait les deux premiers tomes de "La Méthode" d'Edgar Morin (publiés en 1977 et 1980) : sur l'intelligibilité de la complexité du monde, les méditations des physiciens étaient encore bien rares…. surtout lorsqu'elles se voulaient "modestes". Peut-être est-ce pour cela que ce livre (écrit en espagnol) est traduit 3 ans après la traduction française de "Le quark et le jaguar" de M. Gell-Mann, qui parut en anglais en 1994 (cf. le Cahier des Lectures MCX n° 11).

Confessons que sur le fond proprement scientifique, (ce que l'on attend habituellement d'un physicien), nous n'apprendrons plus grand chose en lisant ces "idées sur la complexité du monde" : thermodynamique et théorie de l'information ont été suffisamment popularisées depuis 13 ans… et Prigogine comme Shannon ont cautionné, souvent à leur insu, bien des discours, pédants ou non, sur la complexité. En revanche le lecteur sera souvent sensible à l'attention épistémologique diffuse des réflexions de J. Wagensberg : quelques formules au fil du texte illustreront l'argument.

"Répondre est un processus d'adaptation, questionner, un acte de rébellion". "L'essence des choses réside davantage dans leur forme que dans leur matière". "L'inquiétude (est) l'élément moteur, le stimulant, un acte de rébellion". "Entre le scientifique et le philosophe, ne pas oublier un troisième acteur : le citoyen".

"... Le chapitre consacré à "la simulation de la complexité" réjouira les praticiens de la "modélisation de la complexité" même s'ils regrettent que l'auteur, ait selon l'usage positiviste, fait l'impasse sur la modélisation. (Comment concevoir les modèles que l'on simule si brillamment ?).

C'est surtout le chapitre consacré à "l'art, une manière de connaître la complexité" qui, je crois, retiendra aujourd'hui notre attention : il propose un "principe de communicabilité de complexité intelligible" qui ne doit peut-être pas être réservé à l'art mais dont la légitimité épistémique me semble très aisée à argumenter en le couplant au principe d'intelligibilité que revendiquent désormais les citoyens (lesquels contestent le monopole de propriété que s'attribuent les institutions scientifiques).

En un mot du grain à moudre pour nos réflexions épistémologiques et pour oxygéner nos cultures. Occasion pour nous, puisque l'auteur ne le fait pas assez, d'assimiler ses "idées" en les émulsionnant dans le bouillon de culture du "paradigme de la complexité".

J.-L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.