Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Complexité du tissu social ("un nombre considérable d'acteurs avec des intérêts, des priorités et des logiques différentes..."), complexité des problèmes ("impossibilité de raisonner sur la base de schémas de causalité univoques"), complexité des institutions ("structures de décisions elles-mêmes complexes... qui... privilégieront les freins aux dépens des accélérateurs")... ; la mise en oeuvre des politiques publiques affronte de redoutables défis que les modèles classiques de la science politique ne lui permettent guère de relever... aussi longtemps que ce diagnostic n'était pas fait !... Diagnostic auquel s'exerce Y. Papadopoulos (professeur de sciences politiques à l'Université de Lausanne) dans ce petit manuel fort pédagogique et aisément accessible à tous les citoyens... bien qu'il soit apparemment rédigé à l'intention des étudiants en sciences politique.

Ce diagnostic (peut-être un peu trop exclusivement guidé par la discussion de la théorie sociologique de N. Luhmann... ce qui permet une présentation aisée en français de cette oeuvre désormais classique) supportera quelques prescriptions, ou plutôt "quatre stratégies axées sur l'information : la négociation, la délégation, la coordination et les nouveaux rapports de la politique au savoir". Stratégies qui mettront en valeur le concept "d'Etat réflexif" que l'on va nous proposer pour architecturer ces quatre stratégies. "L'Etat réflexif privilégie la dimension intellectuelle de ses politiques, tout en ne négligeant pas dans sa démarche de "cogitation" la prise en compte de l'"interaction sociale"". Concept bienvenu en effet qui incite à transformer le regard du citoyen trop accoutumé à considérer l'Etat comme un "régulateur rationnel" de type homéostatique ou énergétique ! Mais concept que l'on voudrait discuter de façon plus approfondie, en suscitant la rencontre entre les sciences politiques et les sciences de la cognition que ce petit essai n'aborde que trop superficiellement (les quatre pages du développement sur "la conciliation des référentiels par la délibération", p. 102-106, nous mettent l'eau à la bouche !!). Regret avivé par la relecture des chapitres qu'A.­J. Arnaud avait consacrés au même sujet ("Pluralisme et Complexité") dans son essai : "Pour une pensée juridique européenne", (PUF, 1991), il y a quelques années : "La modélisation des processus de décision complexe" qu'il proposait (inspirée de H.A. Simon (que, curieusement, Y. Papadopoulos semble aussi méconnaître)) : il semble possible aujourd'hui de progresser un peu plus, au prix bien sûr d'une "sortie" du territoire disciplinaire bien délimité de la science politique. L'auteur nous fera valoir, avec raison, que sa tentative est déjà audacieuse : penser la complexité du politique, en ne cherchant pas d'abord à la réduire sous prétexte de la maîtriser, n'est-ce pas le premier défi à relever ? Derrière les explorateurs, qui défrichent il faut des cultivateurs qui labourent les nouveaux champs. Cet essai est un exercice de labour, qui nous aide et nous aidera à renouveler "nos codes"... "Face au caractère déroutant de la complexité, le politique, le chercheur et le citoyen sont logés à la même enseigne"... il leur faut à la fois "être prudent et prendre des risques". Nous sommes engagés "à travers nuit et brouillard, dans une aventure inconnue" (E. Morin, 1996).

Et cette aventure est possible. Puis-je reprendre ici la conclusion de l'ouvrage d'A.­J. Arnaud, qui éclaire à la fois le projet d'une politique en complexité et celui de chaque citoyen engagé dans cette aventure ? : "La possibilité... de concevoir des rationalités complexes est certainement l'une des grandes découvertes scientifiques de notre temps. Elle nous invite à renouer avec une dialectique de la pensée et de l'action". ("Pour une pensée juridique européenne", PUF 1991, p. 300).

J.-L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.