Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Depuis près de trente ans, Georges Lerbet contribue, à sa manière, à la critique des conceptualisations et des pratiques en éducation. Si l'on en juge par les contenus de ses travaux antérieurs, l'auteur, qui connaît bien l'oeuvre de Jean Piaget, a su prolonger la psychologie du développement cognitif jusqu'aux sciences de l'autonomie, de la complexité et des systèmes. Ainsi, comme pour creuser davantage le sillon esquissé par ses deux ouvrages précédents (Bio-cognition, formation et alternance, 1995, Paris, L'Harmattan ; Les Nouvelles Sciences de l'éducation, 1995, Paris, Nathan), G. Lerbet nous entra"ne ici à distinguer les paradigmes qui servent apparemment de référence aux diverses méthodologies éducatives actuelles.

De par leur intention transdisciplinaire, les Sciences de l'Education s'inspirent plus ou moins explicitement des initiatives genevoises de Piaget. Dans cet esprit, les colloques genevois peuvent être perçu comme l'aube des sciences de l'éducation. En revanche, depuis une vingtaine d'années, de nombreux travaux fondamentalement pluridisciplinaires, s'annoncent quasiment comme un crépuscule de cette discipline invisible. En effet, si les SE sont seulement un agglomérat de psychologie, de sociologie, de philosophie, ... alors leur pertinence scientifique devient effectivement discutable.

Pris dans cette tourmente aliénante, et l'on comprend facilement pourquoi, il aura fallu de longues années et probablement certains concours de circonstance, pour que Lerbet et son école tourangelle trouvent la place qu'ils méritent dans le paysage de l'éducation. Cette école, que l'on peut facilement reconnaître comme celle de la modélisation systémique en pédagogie, ne pouvait effectivement voir émerger sa légitimité scientifique qu'avec un véritable cadrage épistémologique. Ce cadrage, que J-L. Le Moigne appelait de toutes ses forces, ne pouvait manifestement pas se limiter à une épistémologie disciplinaire. En effet, si les SE, plus exactement les NSE (Nouvelles Sciences de l'Education), sont véritablement transdisciplinaires, alors leurs finalités scientifiques méritent d'être appréhendées au niveau du DED (Domaine Epistémologique Dérivé, cf. J. Piaget, 1967). Ces finalités, clairement énoncées par G. Lerbet consistent à construire des modèles heuristiques permettant de comprendre, et non d'expliquer, les processus de cognition et/ou de communication qui participent de la complexité des situations pédagogiques. Ainsi, en acceptant délibérément l'incomplétude et la pensée paradoxale, les NSE intègrent pleinement le paradigme systémique.

Ce petit livre se propose donc de clarifier les positions paradigmatiques des sciences de l'éducation dans le domaine pédagogique. En quarante-huit pages, très exactement, G. Lerbet, avec sa rigueur et sa fougue intellectuelle habituelles, nous entra"ne dans un véritable sprint épistémologique. Les soixante-dix-huit pages suivantes, composées de onze textes extraits d'ouvrages qui convergent vers un regard systémique, maintiennent le lecteur sur la piste de la pensée complexe. Tout cela contribue à donner à cet ouvrage un aspect cardinal et à l'entrevoir comme un véritable plaidoyer pour une pédagogie constructiviste, systémique et paradoxale.

D. Violet

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.