Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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André de Peretti, son brillant préfacier, dit de cette étude systémique de la complexe relation pédagogique, qu'elle nous apporte "quelques fils d'Ariane pour nous mouvoir dans le labyrinthe indéfini du petit monde scolaire". Cette image du fil d'Ariane pour explorer les "labyrinthes indéfinis" que sont les situations que nous percevons complexes, me semble fort bien décrire les démarches tâtonnantes de la modélisation systémique ; l'exercice qu'en propose ici F. Lerbet-Séréni ayant le grand mérite de rendre visible, presque palpable, la conception et l'usage de ce fil d'Ariane dans le cadre familier du "petit monde scolaire" et plus directement de cette fascinante relation dite pédagogique qui associe dans un lycée ou une école, pendant toute une année, un enseignant et "une classe". Je présume que tous les professionnels de l'enseignement, enseignants, conseillers, proviseurs, délégués des élèves et des parents, inspecteurs même, s'intéresseront à cette démarche et discuteront des propositions "ingéniérisant les acquis théoriques... pour les exprimer en termes opérationnels" (p. 79) que propose la deuxième partie du livre. ("Pour une relation pédagogique opérationnelle"). Il faut sans doute vivre une expérience quotidienne de cette "relation pédagogique" pour intervenir avec assez d'attention dans ces "opérations qui ne sont intelligibles que dans leur contexte mouvant. Mais je peux dire combien la première partie de cette étude, modestement intitulée "Repérages" m'a semblé fort solidement argumentée, documentée, articulée : la mise en perspective épistémologique des principaux concepts que les sciences des systèmes et de la complexité apportent aujourd'hui aux sciences de l'homme et de la société sont à la fois "repérés" et interprétés dans le contexte général des sciences de l'éducation ; lesquelles, en retour, relancent une discussion épistémologique originale, ne se satisfaisant pas d'une "application" des concepts forgés ailleurs. L'enchevêtrement des relations entre savoirs, et des relations entre enseignants et enseignés, révèle des formes de complexité "triadiques" que nous ne savions pas appréhender (F. Lerbet-Séréni introduit le concept heureux d'"Inter-trans-co-action", restaurant en particulier le rôle de la co-action dans la relation pédagogique ("Je ne sais pas, cherchons ensemble"). André de Peretti, dans la très riche préface qu'il a rédigée pour ce livre met fort bien en valeur cette originalité. Plutôt que de le paraphraser maladroitement, je préfère inviter les lecteurs pensifs à le lire dans sa version originale. Pourquoi me faudrait-il dé-réguler une si belle et si complexe "relation pédagogique", celle qui associe réflexivement le lecteur et l'auteur ?

L'attention que F. Lerbet-Sérini attache aux réflexions des psychothérapeutes systémiciens (et en particulier ici à celles de Philippe Caillé) m'incite à souligner un phénomène qui mérite peut-être qu'on y prête attention dans l'évolution de la culture scientifique contemporaine : ce sont de plus en plus les "nouvelles sciences de l'homme" (sciences de la communication, de l'éducation, de la cognition...) qui, assumant la complexité de leur projet, s'astreignent, et nous invitent avec une insistance de plus en plus forte, à des méditations épistémologiques obstinées. Ces interpellations et ces contributions tâtonnantes sont je crois une opportunité exceptionnelle pour une "science en crise" qui ne s'intéresse peut-être plus assez à sa propre légitimité et aux fondements sur lesquels elle assure les savoirs qu'elle veut livrer à la société. Ces nouveaux questionnements ne sont-ils pas les mêmes que ceux que l'on entend à l'autre "extrémité" (mais est-ce le bon mot ?) du spectre des disciplines scientifiques, en lisant l'étude que M. Mugur-Schächter consacrait il y a peu aux "leçons de la mécanique quantique" ? ("Vers une épistémologie formelle", Le Débat, mars 1997, n° 94, p. 169-192). "La pensée "systémique" met en évidence l'importance décisive... des "conceptions" induites par des buts subjectifs qu'on place dans le futur, mais qui façonnent les actions présentes... (lesquelles)... en se développant, modifient les buts..." Cette "dynamique complexe" n'est-elle pas, elle aussi au coeur de la relation pédagogique... dès lors qu'elle ne veut plus "exclure le tiers".

J.-L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.