Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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La pédagogie et les sciences de l'éducation sont peut-être tombées dans leur jeune âge (les années 1950-1960) dans le chaudron du structuralisme : leurs articulations et leurs discours en sont souvent encore fort imprégnées. Jean Piaget, un de leurs maîtres à penser les plus incontestés, ne publia-t-il pas un fort populaire "Que Sais-Je ?" consacré au structuralisme ? Certes, ceux qui l'ont lu vous le diront, ce texte historique est le chant du cygne du structuralisme et il annonce la prochaine émergence de la systémique dans nos cultures par le détour de sa définition de la structure : "Système de transformations auto-régulatrices entendu dans sa totalité ou sa fermeture". Mais déjà, R. Boudon interrogeait "A quoi sert la notion de structure ?" (Gallimard 1968) et répondait : à introduire enfin la notion de système... sinon "... elle n'a pas de sens" (p. 75) !... Comme la plupart des disciplines qui se sont redéployées dans les années 50-60, (sociologie, économie, linguistique...), les sciences de l'éducation eurent plus de difficultés à muer du structuralisme à la systémique que n'en eurent par exemple les jeunes sciences de la cognition nées après 1975... quasi contemporaines des sciences des systèmes et de la complexité, observe G. Lerbet. Aujourd'hui encore, trente ans après, la mue n'est pas achevée, et il est encore bien des discours de la pédagogie enseignée qui restent comme englués de structuralisme énergétiste ou praxéologique ! Il s'avère dès lors judicieux de mettre cette histoire en perspective en jalonnant un parcours qui va du structuralisme aux deux cybernétiques puis à la systémique... dans le langage et les usages des sciences de l'éducation. C'est ce que fait G. Lerbet dans ce petit manuel d'accès très aisé, qui introduit une dizaine de textes significatifs dont la séquence évoque l'évolution paradigmatique des sciences de l'évolution : textes rédigés par des "éducateurs" et donc a priori plus aisés à décoder par les éducateurs, enseignants, formateurs... comme bien sûr pour les étudiants en sciences de l'éducation pour lesquels cet original petit manuel fut écrit. Il leur rendra sans doute plus légitime l'accès au précédent livre de G. Lerbet (qui a plus la forme d'un manifeste pour "Les nouvelles sciences de l'éducation, au coeur de la complexité" (cf. Cahier des Lectures MCX n° 10, novembre 1995), que d'un austère traité).

Chacun de ces petits textes, comme l'introduction fort bien documentée qui les met en perspective, a le mérite... fort pédagogique... de susciter à son tour questionnements et réflexions chez son "lecteur pensif". N'est-ce pas là le projet le plus cher des sciences de l'éducation : susciter une maïeutique ? En ouvrant les domaines que le structuralisme et la première cybernétique avaient trop tendance à enfermer dans une "totalité", la systémique aide en effet la pédagogie à devenir maïeutique : plutôt que "d'exclure le tiers" elle le cherche, et cette recherche ("search") n'est pas vaine même si elle ne conduit pas au résultat initialement cherché !...

J.-L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.