Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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En consacrant sa thèse à "la construction de la notion de temps" en 1982, H. Barreau nous invitait déjà, il y a quinze ans, à méditer sur le caractère fort "constructiviste" de ce concept universel que l'on est si tenté de tenir pour "donné"... aussi longtemps qu'on ne s'avise pas de le définir !... Il reprend et synthétise cette étonnante réflexion sur la complexité inépuisable d'un temps que l'on tient pour si simple : hier, demain, une heure, une année... ? La pensée du temps va pourtant nous demander du temps pour le penser... et il faut savoir gré à H. Barreau de son aide : par ce petit Que Sais-Je ? d'accès fort aisé et bien documenté... il nous fait gagner du temps dès lors que nous voudrons, avec lui, "penser le temps". "Penser le temps" c'est aussi le thème du dossier "Temps, Logique, Langage" publié par le CdRS (Centre de Recherche Sémiologique) de l'Université de Neuchâtel (n° 65, avril 1997), édité par D. Mieville. Comme les précédents, ce cahier est une mine de réflexions et d'idées. C'est J.-B. Grize qui ici prolonge les interprétations du temps proposées par H. Barreau en le considérant comme une "notion" nécessairement intelligible dans un contexte (le référent, lui-même dynamique), que l'on pourra "schématiser", plutôt que comme un "concept" ("isolé dans son être, et fermé à toute réalité extérieure", p. 19) qui pourra être décrite par et dans un modèle fermé ("un modèle dont le créateur s'est retiré", p. 20). La notion de temps s'entend alors dans le contexte de l'interlocution et ne peut plus prétendre à un statut de vérité éternelle indépendante du sujet "qui n'a jamais le temps" et qui pourtant "voit le temps passer" !... Curieusement, cette interprétation n'est pas partagée par les autres contributeurs de ce dossier du CdRS, qui voudraient que leur définition du "concept" de temps soit la bonne... et que les autres (en particulier celle de J. Piaget qui serait "trop linéaire et majorante" sans que l'on prête attention au contexte spécifique du développement génétique dans lequel il la formulait !)... sont donc moins bonnes. A nous de faire pourtant notre miel de leurs réflexions, en les tenant pour des heuristiques plutôt que pour des "idées dures" : "Il est possible, souligne très heureusement J.­B. Grize, de lier les schématisations à l'idée de complexité. Par opposition à l'idée de complication, est complexe ce qui n'a pas nécessairement un grand nombre d'éléments mais comporte des processus non seulement linéaires ou même arborescents, mais des processus qui font boucler, c'est-à-dire qui sont autant déterminés par leur futur que par leur passé" (p. 20). N'est-ce pas là une fort belle définition de la complexité ? Entre l'objectivité présumée du "temps de l'objet" (le principe entropique) et la subjectivité affichée du "temps du sujet" (le principe anthropique), nous pouvons aussi concevoir et construire le temps du projet (projectif : le principe téléologique). "Le temps est créateur ou il n'est rien du tout" (H. Bergson).

J.-L.M.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.