Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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En s'interrogeant sur "les fonctions de l'écriture", fonctions dont l'enchevêtrement révèle la complexité de cette "technologie cognitiv ",- et en illustrant ces réflexions par "I'écrituredu Droit", exercice universel et familier depuis plusieurs millénaires, on va prendre conscience du caractère étonnant de cet exercice : il est auto-éco-ré-organisateur des processus de pensée raisonnante que suscitent les interactions humaines. Les nouvelles technologies de l'information (ici les systèmes d'hypertextes, ou d'EDI, ou de bases de connaissances, etc.) semblent aujourd'hui accélérer ces transformations du droit... mais aussi des modes de raisonnements que chacun privilégie, mais elles ne les engendrent pas : les conclusions de la plupart des études que rassemble ce bel ouvrage collectif auraient pu être écrites avant l'irruption des N.T.I. ! (A quelques pages près, convenons-en !) : en "formant" la pensée (en lui donnant "forme symbolique") l'écriture ("art de tracer des symboles qui désignent et dénotent") la "transforme" ou la re-forme. Chacun en a, bien sûr, l'expérience, mais le regard de l'historien et du sociologue autant que celui du cogniticien, enrichit beaucoup l'interprétation de cette expérience. Je n'en prends pour preuve que le l'étude originale que L. Melh consacre à la comparaison des "textes juridiques et des textes mathématiques" (p. 105-130), illustrant le nécessaire recours à la rhétorique que doit toujours faire le logicien (étude qui conforte beaucoup certains des riches développements que Charles Roig a consacrés à cette thèse, notamment dans les DOSSIERS MCX VII "sur les fonctions épistémiques du langage" et MCX X "Le discours sur et dans les mathématiques").

On ne peut ici proposer une discussion de ces études, qui s'avèrent toutes aisées à lire même lorsqu'elles s'intéressent à des questions relevant de la "technique juridique". Richesse de la langue des rhéteurs : bien maîtrisée, elle permet de tout exprimer intelligiblement, à l'intention d'un citoyen attentif, par le bon usage de sa "langue naturelle" (en activant ainsi nous rappelle J.B. Grize sa "logique naturelle"). C'est peut-être ce que, paradoxalement, nous révèlent le mieux les développements des NTI dans les pratiques du droit... écrit : ce sont davantage les N.T.I. que l'écriture du droit transforme que les N.T.I. qui transforment l'écriture du droit. Depuis les réflexions fondatrices de Turing, de Polya et de Newell et Simon ("Conférence Turing, 1975"), nous savons queles NTI ne sont pas réduites à la seule mécanisation des procédures validées par une logique formelle décontextualisée. Mais nous risquions de l'oublier tant sont séduisants les exercices de calcul arithmétique et logique. Les méditations originales et solidement argumentées que nous proposent ici D. Bourcier et ses coauteurs nous rappelle que les NTI peuvent aussi s'exercer aux multiples jeux de la computation symbolique que requiert l'écriture du Droit dans ses innombrables manifestations. Les quelques pages que D. Bourcier et M. Rajman consacrent au "paradigme de la sémantique interactionnelle" intéresseront certainement tous ceux qui, juristes ou non, ont à osciller sans cesse entre des perceptions implicites et des jugements explicites : norme technique, norme juridique, norme éthique, ne seront pas seulement des normes écrites, mais aussi des normes réécrites. Les NTI nous apportant aujourd'hui quelque nouvelle compréhension "des mécanismes d'évolution de l'écriture des normes" (p. 32).

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.