Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Méditant, il y a peu, sur la possibilité de transformer un indigne "mauvais procès" en une digne "fructueuse controverse" concernant les réflexions contemporaines sur les fondements des connaissances scientifiques, je me suis souvenu de ce petit essai du mathématicien C.P. Bruter sur l'histoire de quelques controverses entre mathématiciens. Histoire anecdotique certes, mais souvent amusante, voire passionnante et en général révélatrice. La conclusion ne surprendra pas : "La controverse, qui participe des jeux de l'esprit, est sans nul doute un facteur inévitable de progrès scientifique. Mais elle n'a de valeur profonde que si elle concerne les idées et non point les hommes qui n'en sont que les porte-parole" (p. 163). Hélas, il est bien difficile de séparer le message du messager... au moins dans les communications scientifiques : en "intimidant" le messager, on parviendra souvent à faire longtemps oublier le message !... C'est peut-être en prenant conscience de telles formes d'inséparabilité que la science contemporaine a su développer les "nouvelles sciences de la complexité" ?...

Méditation qui a incité incidemment C.P. Bruter à relire en parallèle Descartes et Platon : dans une note appendice, p. 33-34, il présente à côté des "quatre préceptes du Discours de la méthode" de Descartes, quatre brefs paragraphes de Platon... qui tenait déjà... le même discours !

Morceau d'anthologie épistémologique qui atténuera peut-être la réputation de "grand innovateur" du grand Descartes. Je ne peux la recopier ici, mais je mentionne les références : ler précepte : Cratyle 437 a ; 2e : Phèdre 266 a et Timée 49 a ; 3e : Sophiste 254 b ; 4e : Theetète 207. On vérifie sans peine que le même propos appelle la controverse, qu'il soit tenu par Platon (interpellé par Aristote) ou par Descartes (interpellé par Pascal !).

Ainsi la controverse apparaît plus comme un instrument de recherche des thèses en présence que comme un instrument de résolution ou de démonstration de la "bonne théorie". Je ne résiste pas au plaisir de reprendre les dernières lignes de Poincaré concluant sa controverse avec Russell en 1909, que cite C.P. Bruter p. 119.

"M. Russell me dira sans doute qu'il ne s'agit pas de psychologie, mais de logique et d'épistémologie, et moi je serais conduit à répondre qu'il n'y a pas de logique e td'épistémologie indépendantes de la psychologie ; et cette profession de foi clora probablement la discussion parce qu'elle mettra en évidence une irrémédiable divergence de vues".

Poincaré se trompait sur un point : 90 ans après la discussion n'est pas close...heureusement pour nous, car l'éphémère victoire des formalistes sur les intuitionnistes a bien failli nous faire très mal dans les années soixante !... Mais perdre une bataille, ce n'est pas perdre la guerre... et le "nouveau commencement" des constructivismes contemporains relance... enfin une féconde controverse.

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.