Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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(voir aussi un commentaire plus développé par M. Lany-Bayle, cahier de lecture suivant)

"... Il y a des mots qui entrent dans un vocabulaire... épisodiquement, voire par effraction. Puis... on se dit -tiens, voilà un mot qui me convient bien-. C'est comme des virus. Une fois qu'ils sont rentrés, qu'ils trouvent le chemin favorable, ils se multiplient... C'est ce qui s'est passé pour moi... avec le virus -reliance-... Il me vient de plus en plus souvent en bouche ou sous la plume, ce qui signifie qu'il a trouvé un terrain favorable et se multiplie comme un virus" (p. 321). De quelques quarante textes que M. Bolle de Bal a rassemblés autour du concept de "Reliance" qu'il avait introduit il y a une vingtaine d'années pour exprimer initialement la complexité du lien social ("l'acte de relier et de se relier et son résultat"), celui d'Edgar Morin est peut-être celui qui nous aide le mieux à "assimiler ce nouveau schème" dans nos langages et nos cultures : l'image du virus qui se multiplie en terrain favorable. "Cette notion de reliance, j'en avais besoin : cela me parait de plus en plus évident...", ajoutera E. Morin. Et ses lecteurs tout autant ! On se souvient que c'est en reconnaissant dans "la stratégie de reliance" une démarche privilégiée de la modélisation de la complexité, que la cinquième Rencontre MCX d'Aix-en-Provence s'était presque spontanément organisée. Et notre joie avait été grande de pouvoir alors accueillir Marcel Bolle de Bal dès l'ouverture de nos échanges. Celui-ci nous avait alors annoncé la parution imminente de ce riche travail collectif sur le concept de "Reliance", travail que nous pouvons désormais méditer à loisir. Son titre "Voyage au coeur des sciences humaines " est peut-être un peu restrictif et risque de dissuader bien des lecteurs potentiels qui font profession de ne s'intéresser qu'aux "sciences inhumaines" (qu'ils appellent "dures") et qu'ils veulent "délier" des sciences douces. Pourtant, en convenant avec E. Morin qu'il nous faut passer d'une "théorie de la reliance restreinte" à une "théorie de la reliance généralisée (reliance de la science et des citoyens, reliance des citoyens entre eux, reliance des connaissances séparées...)", M. Bolle de Bal ouvre largement le champ épistémologique sur lequel il nous faut, de façon pragmatique, labourer le concept de "reliance". On comprend que les sociologues soient fiers pour leur discipline d'avoir su construire ce concept fécond (en s'interrogeant sur ses équivalents pertinents en d'autres langues : -Relatedness- en anglais, -verbundung- en allemand... ?), mais on leur en voudrait d'en revendiquer l'exclusif usage ! C'est un "concept nomade" que les nouvelles sciences de la complexité savent fort bien s'approprier. Dans leur grande et riche diversité, les textes que M. Bolle de Bal a rassemblés en témoignent ! Sans doute voudrait-on quelques autres références, plus explicitement épistémologiques d'une part (seul E. Morin fait une allusion à la convaincante théorie de l'inséparabilité dégagée par le physicien théoricien B. d'Espagnat) et plus diversifiée encore (je pense à la théorie des affinités en chimie, à la théorie des conjonctions en linguistique, etc.). Mais il nous dira à juste titre que ce premier exercice de reliance exprime plus un processus qu'un résultat ; ... ou plutôt que, puisque le résultat nous semble satisfaisant, nous pouvons poursuivre l'exercice du processus. Manifestement le concept de reliance est une puissante heuristique de modélisation de la complexité. A nous de nous l'approprier.

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.