Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Le titre, une fois encore est sinon trompeur, au moins partiel : l'introduction à "une" philosophie des sciences (première partie), se juxtapose à une critique académique de quelques ouvrages de spécialistes rédigées pour la plupart dans les années quatre vingt. Cette deuxième partie est constituée du recueil de notes de lecture publiées dans diverses revues. La lecture de la première partie ("thématique", 64 pages) est en effet facile mais irritante parce qu'elle "exclut la philosophie de la biologie, des sciences sociales et des sciences humaines".. ; dont "les discours sont (présumés) tributaires d'une attitude fondationnelle différente" (de celle de la physique), p. IX, ... "La cosmologie (n'ayant) que la part congrue". La lecture de la deuxième partie ("Problématique") sera en revanche ardue pour les lecteurs qui n'ont pas lu en leur temps les ouvrages de B.C. Van Fraassen (1980), de I. Hacking (1989) ou de I.Prigogine et I. Stenger (1979), dont certaines thèses feront l'objet d'une discussion "pointue" ! Je n'aurais sans doute pas prêté beaucoup d'attention à cet exercice d'apparence académique, qui semble relever de la joute spéculative plutôt que d'une méditation sur la légitimité des connaissances scientifiques aujourd'hui enseignables, si l'auteur, professeur de philosophie à l'université de Montréal, ne faisait ostensiblement profession de "constructivisme, un point de vue radical qui lui permet d'évaluer dans une optique bien précise les différentes orienientations de la philosophie des sciences", (texte de présentation de l'ouvrage). Puis-je confesser une déception que j'espère provisoire ? La seule définition de ce constructivisme qui lui permet de distribuer le blâme et l'éloge à ses chers confrères est la suivante : "Le constructivisme est un antiréalisme radical qui trouve son lieu l'exercice d'abord en logique et en mathématique et ensuite dans le discours scientifique... de la physique" (p. 121). Définition négative qui dit plus ce que le constructivisme ne devrait pas être que ce qu'il peut être et peut faire. (Si l'on se réfère aux huit critères de scientificité que propose la première partie (p. 19-22), on peut d'ailleurs craindre qu'aucun constructivisme ne puisse jamais s'exercer à la production d'énoncés scientifiques : il est vrai que cette "liste n'est pas exhaustive... et que... par surcroît les critères de scientificité n'ont qu'un rôle relatif de démarcation", p. 22). Sans doute sera-t-il difficile de se référer à la caution de Y. Gauthier pour argumenter la légitimité et la pertinence des épistémologies constructivistes lorsque les académiciens voudront leur faire un "mauvais procès". Mais cette capacité des constructivismes à s'exercer à leur auto-critique permanente est sans doute un témoignage de leur vertu philosophique à l'intention des scientifiques...

Et, ne faut-il pas porter au crédit de l'auteur le fait qu'il m'a donné envie de relire Van Fraasen ou I. Hawking (qui depuis ont été traduits en français)... en y trouvant quelques bons arguments pour un "constructivisme bien tempéré", ce que ces auteurs n'avaient peut-être pas anticipé. Ainsi va la science... et sa philosophie : cette pseudo-introduction s'avère herméneutique...

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.