Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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"Décrire la signification d'un signe, c'est décrire le processus cognitif par lequel le signe est interprété et provoque un type d'action... La signification d'un signe est ce qu'il fait... Il n'y a pas de sémiotique (de production de signification) en dehors de la pragmatique, c'est-à-dire d'une action dans un contexte" (p. 29). Nous voilà certes fort éloignés de la thèse classique que cautionne l'usage de la logique formelle, postulant la correspondance biunivoque et indépendante de toute action, entre le signe et la signification. Mais un tel simplisme, présumé rigoureux, nous prive depuis deux siècles des ressources de la modélisation signifiante des phénomènes perçus complexes. Il devenait urgent de découvrir la riche et complexe pensée de C.S. Peirce pour nous mettre enfin en situation de "décrire la signification des signes" par lesquels nous"rendons compte de l'expérience humaine" (p. 32). Cette brève et dense introduction à la sémiotique initialisée il y a un siècle par C.S. Peirce (l'étude de la sémiosis : "le processus par lequel la signification se produit, pour un interprète, dans un contexte donné", p. 39) nous permet cette introduction bienvenue aux concepts de base de la modélisation de la complexité : les ressources du "processus triadique", ou du ''triangle Peirceien" (... et à sa progressive complexification). D'autres traités nous y ont sans doute déjà introduit, mais peut-être pas de façon aussi pédagogique que ne le fait cette introduction de N. Everaert-Desmedt (qui date de 1990, mais que je n'ai "repérée" que depuis peu). C'est sans doute ce qui m'incite à la présenter succinctement ici à l'intention des "modélisateurs de systèmes perçus complexes". Parmi les arguments que l'on pourrait présenter pour justifier cette insistance, il faut je crois mentionner l'effort original de l'auteur pour illustrer (ou plutôt pour interpréter) cette lecture stimulante de la sémiotique peircienne : quelques vignettes de "Tintin au Tibet", un dessin d'O.Schlemmer (du Banhaus, 1924), un album pour enfants ("Petit Bleu et Petit Jaune"), et surtout la présentation-discussion de la théorie de l'échelle dégagée par Philippe Boudon fondant l'architecturologie, l'étude de la conception et de l'interprétation d'une oeuvre architecturale... "ou de tout autre domaine signifiant" (p. 141) ajoute judicieusement je crois N. Everaert-Desmedt ! Elle nous donne envie de revenir aux textes de C. Peirce comme à ceux de P. Boudon... en passant, par les méditations sur le symbole de P. Valéry, d'H. Simon ou de J.B. Grize qu'elle aurait peut-être dû au moins évoquer pour aider ses lecteurs à s'exercer à ces "glissements d'une référence à l'autre" qui nous révèlent "la conception pragmatique de l'interprétation" (p. 142) qu'elle nous invite à découvrir chez C. Peirce et à pratiquer dans nos exercices permanents de jugement.

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.