Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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NdLR: Cette note de lecture de l'ouvrage de R. Vallée "Cognition et Système" a été publiée dans le "Cahier des Lectures MCX n°11" accompagnant le numéro de mars 1996 de la "LETTRE MCX - CHEMIN FAISANT" (n° 25), mais incomplet).

Le titre de ce bref essai annonce un projet sans doute plus ambitieux que celui que se propose son auteur, R. Vallée, le pionnier de la cybernétique en France (ne fondait-il pas, à Paris en 1949, soit un an après la parution de l'ouvrage de N. Wiener, "Cybernetics", le "Cercle d'études cybernétiques" ?): plus que de cognition, de systémique et d'épistémologie, il nous livre une synthèse de quarante années de recherches et de méditations sur la "théorie (mathématique) des systèmes dynamiques élargis" entendus comme des "systèmes cybernétiques" classiques; systèmes capables de percevoir certaines caractéristiques de leur environnement, et de les traiter pour calculer leurs décisions d'actions, actions qui sont présumées transformer cet environnement en provoquant ainsi l'activité d'une boucle "perception-décision-action-perception..." que R. Vallée propose d'appeler la boucle "épistémo-praxéologique".Intitulé qui laisse son lecteur un peu perplexe puisqu'il ne voit pas ce qu'apporte ici le préfixe "épistémo" au concept de "praxéologie" par ailleurs défini dans les mêmes termes que la cybernétique par son fondateur Kotarbinsky dès 1937 (fondateur que, curieusement, R. Vallée ne mentionne pas alors qu'il consacre un important premier chapitre à "la présentation historique des fondateurs et de leurs idées... à l'origine de la théorie des systèmes et de la cybernétique"). Je présume que c'est pour rendre compte de son intention d'assurer une base épistémique à sa réflexion praxéologique en cybernétique (laquelle a beaucoup souffert depuis 50 ans de ses inattentions à ses propres fondements épistémologiques), que R. Vallée a pris le parti de qualifier ainsi son projet : même si on peut considérer qu'il progresse avec trop de prudence dans cette direction, on ne peut que se féliciter de le voir montrer le chemin en le baptisant du nom musical de "constructivisme bien tempéré". Le nom pourtant ne nous suffira pas à définir le projet, même si l'auteur nous précise que "s'il ne propose aucune définition personnelle et générale, c'est pour laisser la notion ouverte". Il risque ainsi de rendre plus difficiles ses communications avec ses lecteurs. I1 est vrai que cette difficulté n'est sensible que dans les paragraphes proposant des développements épistémologiques _ au demeurant peu nombreux _ et qu'on ne la rencontre pas en lisant les formalisations des processus de perception et de décision au sein des "systèmes dynamiques", lesquels constituent l'essentiel de l'ouvrage. Le fait qu'il ait "restreint" son projet aux seuls systèmes cybernétiques (fermés), s'il lui permet de présenter des formalisations d'une belle sobriété, a pour conséquence de priver son lecteur d'une réflexion sur les concepts d'interaction, de téléologie (réduite ici à la téléonomie) et de symbolisation, qu'introduit précisément la modélisation systémique depuis 1975 pour dépasser les incomplétudes de la modélisation cybernétique. En revanche, il permet de présenter cette dernière avec une grande économie (100 pages suffisent alors que le "cybernetic modeling" de Klir et Valach publié il y a 30 ans en 1966, en demandait 300) : le mérite, on le voit, n'est pas mince.

Peut-être regrettera-t-on aussi quelques oublis relatifs dans la présentation historique de la cybernétique (premier chapitre), mais cette incomplétude (qui ici me semble mineure) est le lot de tout travail d'historien, surtout peut-être en histoire des sciences.

Enfin il faut regretter quelques coquilles (dont cet éditeur est hélas familier) qui parsèment le texte: modèle devient moelle, ce qui est peut-être une bonne image, ou "Science and Sanity" devient "Science and Unity"... ce qui est plus fâcheux !

J.L. Le Moigne.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.