Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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La communication "contient" l'information aux deux sens du verbe "contenir" : elle la retient captive, l'empêchant de déborder et même de circuler ; et elle en est le contenant, le véhicule, rendant possible son activité et même son émergence. C'est à explorer ce paradoxe de la "contention" de la communication que Daniel Bougnoux (qui avait déjà publié "La communication par la bande", Ed. La Découverte, 1991) va s'attacher, en nous interrogeant sur la nature même de son petit essai : est-il ce medium contemporain de la communication, comme semble le suggérrer la collection "Grand public" qui le publie ? Ou est-il traité des nouvelles sciences de la communication, comme le laisse penser la réputation de son auteur, Professeur de sciences de la communication à l'Université de Grenoble III (et éditeur en particulier des "Textes essentiels en sciences de l'information et de la communication", Larousse 1993), dont on a déjà souligné l'exceptionnelle richesse : cf. La Lette MCX n- 17, 1993. Contient-il l'information au sens où il la borne, la réduit, la limite ? On peut le craindre si l'on s'en tient à la définition bien restrictive qu'il en propose : "Nous appelons information le message qui s'en tient aux faits, nettoyé de rhétorique autant que de convenances, de prévenances ou de connivences" (p. 37). Comme si "un fait n'était pas déjà une théorie" (Kant) et comme si ce n'était pas un exercice de rhétorique exemplaire que d'affirmer que l'énoncé est "nettoyé de rhétorique" ! Si la rhétorique est la science de l'argumentation, l'information, qui ne s'entend que dans une argumentation raisonnée, peut-elle s'en débarasser dès lors qu'elle doit s'exposer ? Certes cette définition suggère-t-elle plus une intention qu'une contention, et D. Bougnoux va l'interpréter de façon très convaincante et illustrée avec vivacité (pour des lecteurs français au fait de l'actualité médiatique contemporaine) dans les deux chapitres qu'il consacre au primat et aux stratégies de la communication contemporaine. Son propos là n'est pas tant de théoriser information et communication que de proposer au citoyen les repères d'un recul suffisant pour rester intelligent dans la pression médiatique contemporaine. Ce qui lui permettra de conclure que ce "surcroît de communication" peut être aussi, si nous le voulons, "chance de l'information", une information citoyenne dans un "espace public enfin réalisé".

D. Bougnoux n'aurait-il pu poursuivre sa méditation plus avant, s'interrogeant sur l'étonnante complexité de cette interaction "Information-Cornmunication-Computation" qui fonde l'organisation et qu'Edgar Morin a placée au coeur de "La Méthode" et de "la Pensée Complexe". J'ai été surpris qu'il ne s'y réfère pas, s'arrêtant me semble-t-il sur le seuil d'une réflexion épistémologique dont la "Médiologie" à laquelle il se réfère, a tant besoin (Réflexion épistémologique à laquelle il a si bien contribué ailleurs dans son "Textes Essentiels"). Les quelques pages qu'il consacre au malaise de la communication des scientifiques dans les médias par exemple, lui suggérait pourtant l'opportunité de ce type de discussion : n'est-ce pas la "funeste réduction positiviste" du discours scientifique médiaté qui éclaire le mieux aujourd'hui ce malaise ?

Mais on risque en poursuivant, de faire un mauvais procès à ce petit ouvrage qui n'ambitionnait pas un retour aux fondements épistémologiques, et qui propose une sortede désacralisation culturelle de la communication dont le citoyen -fut-il scientifique- a bien besoin.

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.