Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Périodiquement sans doute, les chercheurs en sciences économiques s'interrogent sur la légitimité tant scientifique que civique de leur discipline. Jusqu'ici ces remises en question s'enlisaient dans les sables académiques, vite oubliées par l'attribution de prix Nobel rassurant (... C. Debreu, M. Allais...). Il semble pourtant que les ré­interrogations qui se manifestent à l'aube de la décennie 90 soient d'une force et d'une diversité telle que l'on puisse attendre ­ ou espérer ­ non plus une oscillation autour de l'économisme post­neoclassique, mais une véritable "bifurcation". Le lancement aux USA, et bientôt en Europe de la "Society for the Advancement of Socio­Economics" rend plus visibles sans doute quelques autres initiatives qui méritent qu'on y prête attention. Ainsi, en Grande Bretagne, le "Living Economics Network" ou à Hong Kong le "International Network for Economic Method". En Francophonie, la récente parution d'un sympathique ouvrage d'un économiste genévois, Beat Burgenmeier, "Plaidoyer pour une économie sociale", s'inscrit sans doute dans le même courant. Certes, on reste encore "entre économistes", et on pressent plus qu'on explicite l'intelligible complexité des échanges dans les tissus sociaux. Mais le diagnostic est correctement conduit (la théorie économique constitue­t­elle sa propre finalité ?), l'identification des enjeux contemporains est convaincante, et la prescription : "Vers une socio­économie", va presque de soi ! Comment faire grief à l'auteur s'il parle plus de direction à suivre que de moyens d'études à mettre en oeuvre ? On regrettera bien sur qu'il n'ait pas vu l'importance méthodologique du paragigme de la Rationalité procédurale pour renouveler précisément les pratiques méthodologiques : les contributions de H.A. Simon ou de K. Arrow au colloque de Chicago, 1985, sur les fondements de l'économie comportementale (Behevioral Economics), révèlent, parmi quelques autres, qu'il est possible de dépasser le stade des voeux pieux... en assumant la complexité des systèmes sociaux (R. Hogarth et M. Reder, Ed., "Rational Choice. The contrast between economics and psychology". The University of Chicago Press, 1987). Mais plutôt que de souligner le chemin qu'il reste à parcourir, mieux vaut repérer "la bifurcation" que nous sommes en train d'approcher : la réorientation sera ainsi solidement réfléchie. Le bref et fort pédagogique essai de B. Burgenmeier nous y aide. Et il n'intéresse pas que les seuls économistes, même s'il est écrit à leur attention... et si le mot "épistémologie" fait toujours aussi peur aux économistes qu'aux ingénieurs !.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.