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Cette petite bibliothèque présente une collection progressivement mise à jour, rédigés par des membres du Réseau MCX. Chacun d'eux étant accompagné, dans la mesure du possible de quelques indications de contenu et d'une ou de plusieurs notes de lecture.

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  • Traduction en arabe de « le constructivisme – les enracinements » de Jean Louis Le Moigne (2001)
    NDLR avril 2019. Nous reproduisons ici la version en langue française de la Préface à l’édition en langue arabe rédigée par l’auteur de l’ouvrage à la demande de la traductrice et de l’éditeur. Ce qui permettra aux lecteurs peu familiers encore de la langue et de l’écriture arabe de situer quelque faces du contexte.
    Ecrit par : LE MOIGNE Jean-Louis, BOURBAB Fatima Zahra , (traduction)


    Editeur EBDAA. 

    Mai 2019
  • La présentation de l'édition originale en français est ici.

    Préface destinée à l’édition en langue arabe البنائية التأصيلات 

    Version initiale rédigée en langue française en oct.2017

    CONNAISSANCE ET INTERPRETATION-TRADUCTION SONT INSEPARABLES

    EN PERMANENTE REGENERATION MUTUELLE.

    J L  Le Moigne

    « Traduire un livre, 
    C’est l’activer dans un environnement culturel différent 
    de celui dans lequel dans lequel il s’est formé »[i]

     

    Dés qu’un lecteur prend en main un livre avec l’intention d’en lire au moins quelques pages, ne va-t-il pas transformer un objet passif en une machine, un ‘processeur’ qui, dés lors, va activer et être activé par quelques processus qui tapissent son environnement. Et l’intervention de chaque lecteur va affecter les  comportements d’ensemble de ce champ de processus. Les modifications des intentions des lecteurs comme celle des contextes dans lesquels ils lisent vont induire des lectures et par là des ‘interprétations et donc des ‘connaissances’ potentiellement différentes de celles que proposait l’auteur.

    Ne faut-il pas s’arrêter sur ce ‘donc’ ? L’interprétation est ici le processus par lequel l’examen d’un système de symboles - artefacts (lettres, chiffres, formes tracée diverses,) agencés selon les normes syntaxiques de la langue en usage (mots nombres, conjoncteur), est pour le traducteur comme pour ses lecteurs un intelligible exercice de formation de connaissance intelligible.

    Exercice qui intrigue depuis longtemps : « Qu’est ce qu’un symbole qu’une intelligence puisse utiliser et qu’est ce qu’une intelligence qui puisse utiliser un symbole [ii]». Pour l’auteur, l’exercice d’interprétation – rédaction prend une forme peu différente dés qu’il s’attache à interpréter ses expériences activant - et activées par - les signaux de perceptions, signaux que peut enregistrer (engrammer) son systèmes nerveux : Perceptions-Interprétations de l’expérience physique ou mentale qui deviennent alors connaissances potentiellement intelligibles, et par là opératoires. 

    Ce détour sommaire sur la formation et la transformation de la connaissance humaine par interprétation de systèmes de symboles est suscité par l’expérience que me permet la traduction de ce livre par une interprète - traductrice réfléchissante[iii]. Livre encore insolite, issu des réflexions d’un enseignant s’interrogeant sur ses responsabilités dans la formation et la légitimation des connaissances actionnables qu’il avait mission d’enseigner en méditant sur ses expériences d’ingénieur réfléchissant’. Ne me fallait-il pas m’exercer à «une permanente réflexion épistémologique, autrement dit à l’étude critique de la constitution des connaissances valables[iv] » que je m’efforçais de présenter sous des formes reliantes : « pour quels projets dans quels contextes ». (J’étais et demeure surpris d’observer que la plupart des enseignants puisent transmettre des connaissances disciplinées sans avoir à s’exercer à cette critique épistémologique interne : la culture épistémologique est trop souvent encore ignoré dans leur programme de formation académique qui pourtant revendiquent leur appel à l’interdisciplinarité).

    J’ai en effet eu la chance d’être, dés le départ de la traduction, puis au fil des chapitres, régulièrement questionnée avec pertinence par la traductrice, Madame Fatima Zohra Bourbab. Lectrice pensive et cultivée, elle m’a témoigné de son attention réfléchie ‘à comprendre pour faire autant que faire pour comprendre[v]  et donc d’interpréter de façon judicieusement critique le texte qu’elle traduisait. Ceci en s’attachant à comprendre l’intention de la phrase ou du paragraphe, et pas seulement à respecter la fidélité à la lettre du texte.

    Puis-je citer ici le commentaire pour moi très éclairant qu’elle me proposa lors une brève correspondance provoquée par l’examen critique de la distinction entre des fonctions de traduction et d’interprétation : Ne sont-elles pas inséparables et, par là, regenérantes : « Le mot "régénérescence" va si bien avec le thème de l'œuvre, la traduction pour moi est synonyme de renaissance du sens dans la langue cible : l'assimilation du sens pour la première fois se fait dans la langue originale du texte, le traducteur plante cette graine ( de sens ) dans une terre étrangère où le sens n'existe pas encore ( que ce soit l'esprit Arabe ( ou autre) du traducteur, ou le public  qu'il cible ), cette terre est différente, sa charge linguistique historique cognitive est différente, la graine donc va pousser différente de l'originale , mais elle porte l'essence de l'originale en elle même. C'est une régénérescence continue de la connaissance humaine, au sens d’un voyage dans l' "archipel des cultures humaines"…. 

    M’autorisant à plagier une analogie empruntée à J Ladriere[vi], je pourrais dire que sa traduction prend d’avantage la forme d’une représentation théâtrale que d’une représentation diplomatique : Le traducteur interprète est ici dans la situation de l’acteur d’une pièce de théâtre sur le texte de laquelle ‘il cherche à échanger avec l’auteur pour mieux percevoir et comprendre l’intention de son texte ; ceci de façon à l’exprimer en nuançant les expressions tout en veillant à la diversité changeante des publics. Le traducteur ‘non-interprète’ est dans la situation contrastée d’un représentant diplomatique (de caricature) qui se doit d’être froid et neutre, affectant de ne se sentir concerné ni par le projet du texte, ni par le  contexte, ici l’auditoire intentionnel  devant lequel il va lire un message dont peut-être il ne comprend pas l’intention.

    Analogie bien sûr caricaturale, tant pour les interprètes et traducteurs que pour les diplomates, mais elle me permet de  mettre en valeur une des faces de cette ‘expérience’ qui mérite je crois d’être mise en relief pour éclairer notre intelligence des processus de formation – transformation des connaissances. Les échanges questionnant avec ma traductrice-interprète m’ont incité à réfléchir d’avantage sur la ‘dépendance de la connaissance aux contextes’ dans et par lesquels «le sujet forme projet de méditer assez sur quelque phénomène[vii] », phénomène qu’il tente d’identifier sans nécessairement se contraindre à le délimiter a priori.

    Réflexion qui incite à retrouver quelques repères évoqués parfois implicitement par cet exercice stimulant de traduction-interprétation de veille épistémologique et par là éthique : nous avons je crois la chance de disposer aujourd’hui d’un des ouvrages ‘noyaux’ d’Edgar Morin[viii], « La connaissance de la connaissance » (1983)

    « Qu'est-ce qu'une connaissance qui croit refléter la nature des choses alors qu'elle est traduction, interprétation et construction? »

    « Toute connaissance acquise sur la connaissance devient un moyen de connaissance éclairant la connaissance qui a permis de l’acquérir. »

    Et sous forme plus succincte encore, empruntée à Jean Piaget (1970[ix]):

    « La connaissance constitue toujours un processus et ne saurait être figé ds ses états toujours momentanés »

    Et aux Carnets de Léonard de Vinci (~1500)

    « La connaissance du sage est fille de l’expérience »

     

    *-*-*

    Je m’autorise enfin à exprimer mes chaleureux et admiratifs remerciements à Madame Fatima Zohra Bourbab, lectrice pensive et constructive,  pour l’attention stimulante et coopérante qu’elle a apportée à cette œuvre courageuse de traduction-interprétation.  

    Ne serait –il pas souhaitable d’exprimer mon remerciement à l’éditeur ?

     

     



    [i] HA Simon, Préface  à la traduction française de « The Sciences of the Artificial », 1974-2004

    [ii] H A Simon & A Newell,: “Computer science as empirical inquiry: Symbols and Search” Conference Turing,-prix ACM 1975

    [iii] Expression reprise d’une traduction  de l’ouvrage de D Schon « The Reflective Practitioner: How Professionals Think In Action »,1984

    [iv] J Piaget : chapitre 1 de l’Encyclopédie de la Pléiade « Logique et Connaissance scientifique », 1967

    [v]  J’emprunte cette formule à Paul Valéry, 1939, lisant la traduction des « Carnets de léonard de Vinci » repris in « Vues », 1948

    [vi] J Ladriere, 1989, « Article ‘Représentation et Connaissance », dans » Encyclopédia Universalis »,

    [vii] Je m’autorise cette formule en m’inspirant de la sentence de G Bachelard « Le Nouvel Esprit Scientifique ». 1934 : « La méditation de l’objet par le sujet prend toujours la forme du projet »

    [viii] E Morin, « La Méthode Tome III – la Connaissance de la Connaissance » 1986

    [ix] J Piaget « Psychologie et Epistémologie », 1970

    [x] Léonard de Vinci,  « Carnets » (Codex Forster III), ~1500.

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