Bibliothèque du Réseau

Cette petite bibliothèque présente une collection progressivement mise à jour, rédigés par des membres du Réseau MCX. Chacun d'eux étant accompagné, dans la mesure du possible de quelques indications de contenu et d'une ou de plusieurs notes de lecture.

Retour

  • La modélisation des systèmes complexes - édition de 2019
    Si les systèmes complexes ne sont pas réductibles à des modèles explicatifs, ils nous sont pourtant intelligibles. Nous ne pouvons les réduire à des modèles prêt-à-porter, mais nous pouvons peut-être à chaque instant les modéliser, autrement dit élaborer et concevoir des modèles eux-mêmes potentiellement complexes. Des constructions symboliques à l'aide desquelles s nous pouvons raisonner des projets d'action au sein d'un système complexe, en anticipant, par délibération, leurs conséquences. Raisonnements et délibérations par lesquels nous pourrons peut-être inférer des issues plausibles et des conséquences contre-intuitives, puis concevoir de nouvelles actions possibles. A peine les sciences contemporaines ont-elles dégagé la notion de modèle pour exprimer de façon communicable quelques raisonnements relatifs à un phénomène identifiable (au début du XXe Siècle), qu'il leur faut déjà faire inscrire un nouveau concept dans nos dictionnaires : celui de Modélisation.
    Ecrit par : LE MOIGNE Jean-Louis


    Ed DUNOD , 1990-1999, ISBN 2 10 004282X, 178 pages (nouvelle édition à paraître courant 2019)

    Mai 2019
    • PRESENTATION : extraits du « PRELIMINAIRE

       

      Complexité : l'imprévisible et intelligible émergence

       

                       Le paradoxe apparent qu'implique le titre de cet ouvrage est délibéré : un système complexe est, par définition, un système que l'on tient pour irréductible à un modèle fini, aussi compliqué, stochastique, sophistiqué que soit ce modèle, quelle que soit sa taille, le nombre de ses composants, l'intensité de leurs interactions...

                       La notion de complexité implique celle d'imprévisible possible, d'émergence plausible du nouveau et du sens, au sein du phénomène que l'on tient pour complexe. Pour son observateur, il est complexe précisément parce qu'il tient pour certain l'imprévisibilité potentielle des comportements : il ne postule pas un déterminisme latent qui permettrait à une " intelligence assez puissante" (celle du "démon de Laplace "), de prédire par le calcul l'avenir de ce phénomène, fût-ce en probabilité.

                  La complexité n'est peut-être pas une propriété naturelle des phénomènes. Nul ne sait de façon certaine si les abîmes de l'âme humaine ou les processus de propagation de l'énergie  électrique sont ou ne sont pas totalement   "prévisibles " par une intelligence naturelle ou artificielle ; peut-être le sont-ils, et ces phénomènes que nous tenons communément pour complexes, ne devraient alors être tenus que pour compliqués. Hyper compliqués peut-être, mais pas complexes, puisque certainement déterminés.

                  Mais cette incertitude métaphysique ne concerne pas la réflexion relative à l'action humaine. Nos interrogations ne portent pas en effet sur les phénomènes  eux-mêmes, mais  sur  les  multiples représentations (les modèles conçus) que s'en construisent les acteurs concernés. La complexité, intelligibilité n'excluant pas l'imprévisibilité, est alors une propriété attribuée, délibérément, par les acteurs aux modèles par lesquels ils se représentent les phénomènes qu'ils déclarent complexes.

       

                  C'est ainsi qu'ils tiennent volontiers pour complexes nombre de décisions d'action au cours d'une partie d'échec : chacun sait que l'issue est "naturellement " prévisible ... dès lors que l'on peut évaluer les conséquences de quelques 10120 mouvements successifs envisageables (ordre de grandeur qui dépasse de beaucoup les puissances de calcul les plus grandes actuellement concevables). Une prévisibilité incalculable en pratique devient une imprévisibilité potentielle : les champions d'échecs postulent à juste titre la complexité effective de leurs études.

                  L'important, pour notre propos est de convenir de l'origine de la complexité modélisée : elle est attribuée par le modélisateur aux représentations qu'il se construit des phénomènes qu'il perçoit complexes. Qu'elle soit ou ne soit pas dans la nature des choses n'affectera pas la pertinence de ses  raisonnements. Et nul tribunal n'est plus habilité à décerner des brevets de complexité ontologique. En revanche, on peut aisément rendre raison des difficultés qui attendent un dirigeant tenant pour simples ses collaborateurs qui eux se tiennent pour complexes !

      La Complexité n'est pas la complication

        " La complexité n'est pas la complication : ce qui est compliqué peut se réduire à un principe simple comme un écheveau embrouillé en un noeud de marin. Certes, le monde est très compliqué, mais s'il n'était pas compliqué, il suffirait d'opérer les réductions bien connues : jeu entre quelques types de particules dans les atomes, jeu entre types d'atomes dans les molécules, jeu entre etc.

      Le vrai problème n'est donc pas de ramener la complication des développements à des règles de base simple. La complexité est à la base ..." E. MORIN - La Méthode, T.I, 1977, p. 372.

       

      Modèles et Modélisation

                  Mais si les systèmes complexes ne sont pas réductibles à des modèles explicatifs,  ils nous sont pourtant intelligibles. Nous ne pouvons les réduire à des modèles prêt-à-porter, mais nous pouvons peut-être  à chaque instant les modéliser, autrement dit élaborer et concevoir des modèles eux-mêmes potentiellement complexes. Des constructions symboliques à l'aide desquelles s nous pouvons raisonner des projets d'action au sein d'un système complexe, en anticipant, par délibération, leurs conséquences. Raisonnements et délibérations par lesquels nous pourrons eut-être inférer des issues plausibles et des conséquences contre-intuitives, puis concevoir de nouvelles actions possibles.

                  A peine les sciences contemporaines ont-elles dégagé la notion de modèle pour exprimer de façon communicable quelques raisonnements relatifs à un phénomène identifiable (au début du XXe Siècle), qu'il leur faut déjà faire inscrire un nouveau concept dans nos dictionnaires : celui de modélisation.

      LA MODELISATION

                  Action d'élaboration et de construction intentionnelle, par composition de symboles, de modèles  susceptibles de rendre intelligible un phénomène perçu complexe, et d'amplifier le raisonnement de l'acteur projetant une intervention délibérée au sein du phénomène ; raisonnement visant notamment à anticiper les conséquences de ces projets d'actions possibles …. »                                                                                                                                                     …/…

       

      Sommaire de l'ouvrage

       

       

      Préliminaire :la complexité est-elle modélisable

      1. La Modélisation : concevoir des modèles.

      2. Les logiques de la modélisation systémique.

      3. La modélisation projective de l'action complexe.

      4. L'organisation, propriété des systèmes complexes.

      5. La symbolisation des opérations complexes.

      6. Le processus de décision des systèmes complexes.

      7. Histoire des méthodes de modélisation.

      Conclusion Stratégie de la Modélisation

      Bibliographie. Index

       

      Note : la présentation de la 4ème édition est ici. 

      Haut de Page