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  • Cahier Edgar Morin
    Ndlr : Nous remercions les éditions de l’Herne de nous autoriser à reproduire en guise de présentation de ce remarquable Cahier Edgar MORIN, l’avant propos de François L’YVONNET qui en a dirigé la conception et la réalisation. On verra en parcourant ensuite le Sommaire de ce « Cahier », la richesse et la diversité dans l’unité des contributions ainsi rassemblées autour de l’œuvre et des témoignages de l’Humaniste Planétaire, celui qui a « le courage de l’intelligence fraternelle »
    Ecrit par : L'YVONNET François (direction)


    Editions de L'Herne, Cahiers de L'Herne  N° 114, 2016, ISBN 978-2-85197-184-5, 272 pages

    Avril 2016
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      Ndlr : Nous remercions les éditions de l’Herne de nous autoriser à reproduire  en guise de présentation de ce remarquable Cahier Edgar MORIN, l’avant propos de François L’YVONNET  qui en a dirigé la conception et la réalisation. On verra en parcourant ensuite le Sommaire de ce « Cahier »,  la richesse et la diversité dans l’unité des contributions ainsi rassemblées autour de l’œuvre et des témoignages de l’Humaniste Planétaire, celui qui a « le courage de l’intelligence fraternelle »

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      AVANT-PROPOS, par  François L’YVONNET

       « Aujourd’hui la bataille se mène sur le terrain de l’esprit. »

      Edgar Morin

      Longtemps, Edgar Morin a pu passer pour un dilettante inspiré. Au sortir d’une Résistance héroïque, il semble s’être essayé à tous les genres, se faisant tour à tour romancier, poète, sociologue, anthropologue, épistémologue, cinéaste ou diariste. Sans être jamais l’un ou l’autre exclusivement. Publiant d’étranges ouvrages, assez inclassables. L’Université, d’ailleurs, l’ignorait superbement. Il est vrai qu’il se tint à l’écart des modes qui, de la fin des années quarante au début des années quatre-vingt, rythmèrent la vie intellectuelle du pays. S’il fut dans sa jeunesse marxiste, il reléguera bientôt cette pensée riche et originale à la périphérie d’une théorie plus ample. Il ne sera jamais sartrien ou structuraliste. Et si la psychanalyse l’intéressa, ce sera en tant qu’anthropologie. En revanche, il témoigna d’un grand intérêt pour les sciences, en particulier pour celles encore naissantes : la biologie moléculaire, les théories de l’information et des systèmes, la cybernétique. Autant d’intérêts assez suspects. La science, disait-on alors, ne pense pas !

      Mais avec le temps, avec le recul des années, son œuvre apparaît de plus en plus clairement dans son impeccable cohérence. On mesure combien sa « méthode », placée sous les auspices de la complexité, était à maints égards en germe dès les commencements, dès L’Homme et la mort, publié en 1950. Que ses divers travaux depuis plus de soixante ans forment un ensemble remarquablement construit, avec ses moments, ses perspectives, ses détours, ses passerelles et son couronnement, la fameuse Méthode. D’où se dégage une vision de l’homme, prise dans le tout du vivant et du monde, qui le rapproche des plus grands. Il est sans conteste un penseur majeur.

      Le Cahier de l’Herne que nous lui consacrons s’est attaché à mettre en évidence, à la fois la diversité et l’unité de cette œuvre. En même temps que son rayonnement international. Car s’il fut un peu boudé en France, ce qui n’est plus le cas, il fut très tôt considéré à l’étranger, en particulier dans l’Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal) et dans toute l’Amérique latine, comme l’une des figures les plus éminentes de la philosophie contemporaine.

      C’est en effet sans rupture, du moins dans l’inspiration, qu’il s’engagera dans l’entreprise quasi « mirandolienne » de la Méthode - qui aboutira à six gros volumes publiés de 1977 à 2004. Avec pour ambition, de relier entre elles - et dans son esprit - les connaissances séparées. Séparées par le cloisonnement disciplinaire, morcelées et émiettées par le programme cartésien, tel qu’exprimé dans le deuxième précepte du Discours de la méthode : « Diviser chacune des difficultés que j’examine, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. »

      Dans Le Paradigme perdu, il dira« étouffer dans la pensée close, la science close, les vérités bornées, amputées, arrogantes ». Il dira encore qu’il est « tonique de s’arracher au maître mot qui explique tout, à la litanie qui prétend tout résoudre. » Qu’il est « tonique de considérer le monde, la vie, l’homme, la connaissance, l’action comme systèmes ouverts ». L’enjeu n’est pas « esthétique », Edgar Morin ne prend pas la pose, il s’agit de mesurer toutes les implications de la révolution intellectuelle et anthropologique qui accompagnent les développements de la science contemporaine, et de la nécessité de forger de nouveaux concepts, à la mesure de la relativité de la connaissance, de son incertitude constitutive.

      La méthode, conformément à l’étymologie grecque du mot, est un cheminement. Le chemin n’est pas déjà tracé. Il suffirait de le parcourir. Il se trace à mesure que l’on chemine.

      À la manière des abeilles de Montaigne, « qui pillottent deçà delà les fleurs », mais qui « en font après le miel qui est tout leur », Edgar Morin n’a eu de cesse depuis les années 50, depuis son livre pionnier sur la mort, de se nourrir des savoirs disponibles, de dé-parcelliser, de contextualiser, de promouvoir une pensée multidimensionnelle, qui fasse sa part aux contradictions, aux antagonismes, aux ambiguïtés. Conformément à l’injonction de Pascal, qu’il aime à citer : « Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties ».

      La simplification est une mutilation. D’où le paradigme de la complexité… Complexus,  c’est « embrasser », « tisser  ensemble », ce qui requiert des outils théoriques adéquats, capables d’affronter l’apparent fouillis phénoménal, sans chercher à en éliminer le désordre. Le principe de complexité invite à rassembler sans uniformiser, à distinguer sans disjoindre, à relier tout en relevant le défi de l’incertitude.

      Nous sommes dans l’ère barbare de la pensée, dira-t-il, seule la pensée complexe nous permettrait de civiliser notre connaissance. Civiliser, le mot a toute son importance. Le paradigme de la complexité engage à terme une politique de civilisation, une autre manière d’habiter la terre.

      Tel le banian, un arbre dont les branches marcottent – « en tombant à terre, elles se transforment en de nouvelles racines qui transforment les branches en nouveaux troncs » -, les retombées de La Méthode ont créé de nouvelles arborescences, distinctes mais inséparables du tronc qui les a vu naître.

      Comme toutes grandes aventures intellectuelles, celle-ci fut pour une part solitaire. En dehors des chemins battus. En dehors des cadres universitaires trop souvent stérilisants. Mais au milieu des hommes, parmi les chercheurs, parmi tous les acteurs qui apportent leur contribution à l’élaboration ou à la transmission des savoirs, parmi tous ceux qui ont conscience de l’urgence d’une « réforme de vie ».

      Edgar Morin a dépoussiéré le vieil humanisme étriqué, sans pour autant céder aux sirènes de la déconstruction. Son humanisme se veut planétaire, et comporte une prise de conscience de la « Terre-patrie » comme communauté de destin, d’origine et de perdition.

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      SOMMAIRE

      du Cahier de l’Herne «Edgar Morin »

        François L’Yvonnet  Avant-propos Antonio Machado Caminante, no hay camino Edgar Morin  Être flamenco     I - Itinéraire Régis Debray  Un grand vivant Emmanuel Lemieux    Devenir Edgar Morin Edgar Morin Les livres qui ont compté pour moi Edgar Morin “Jadis si je me souviens bien” (Préface) Edgar Morin La Reine des abeilles Emmanuel Le Roy Ladurie Edgar Morin ou l’immortelle Autocritique Edgar Morin, Olivier Corpet et François BordesAutour d’Arguments  Edgar Morin Lettres à Jean Duvignaud Edgar Morin Odeà Corneille Alain Borer Edgar Morin, œuvre-vie Patrick Chamoiseau Pour saluer Edgar Morin Edgar Morin et François L’Yvonnet « Nuit et Brouillard »   II –Lettres

      Lettre  de Julien Benda à Edgar Morin

      Lettre de  Clara Malraux à Edgar Morin

      Lettres d’Edgar à son père

      Lettre de Jacques-Francis Rolland

       

      III - Méthode et complexité Edgar Morin Le mot méthode Jean-Louis Le Moigne  Edgar Morin, épistémologue considérable  Annamaria Anselmo  La réévaluation de la circularité Guiseppe Gembillo Le défi de la complexité Daniel Bougnoux Turbulente communication   Mauro Ceruti L’Humanisme planétaire - Défi de la compexité et communauté de destin Boris Cyrulnik Rien n’est plus simple qu’une pensée complexe  Edgar Morin  Pour une réforme de la pensée   IV – Anthropologie Edgar Morin La trinité humaine (complexus, sapiens, demens) Edgar Morin Des dieux et des idées Edgar Morin et RiccardoMazzeo  L’homme et la mort Roland Barthes Lettre à Edgar Morin sur L’Homme et la mort Jean Tellez Des divers types de penseurs, de la pensée, du sujet et du mystère  Florian Forestier À la recherche du paradigme perdu Edgar Morin et Monique Peyrière Le cinéma, une anthropologie du visuel Claude Fischler Edgar Morin écrivain : la pensée est-elle soluble dans le style ? Françoise Bianchi « La métaphore obsédante » de l’œuvre d’Edgar Morin : la chenille, la chrysalide et le papillon Michel Wieviorka Edgar Morin sociologue ou sociologie d’une sociologie   V – La tête bien faite    Edgar Morin Les  Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (résumé préliminaire) Jean-Michel Blanquer L’émule d’Émile. Edgar Morin, une vision de l’éducation   Jean-Michel DjianRéapprendre à penser la connaissance  Nelson Vallejo-Gomez“Relier les connaissances” ou la métamorphose des disciplines Laurent BibardManagement et complexité : un détour nécessaire     VI – Inédits Poésie :  Rhapsodie du satyre du métro  Poèmes divers Roman : L’année a perdu son printemps Le temps irréparable    VII - L’ère planétaire Edgar Morin Le xxie siècle commence à Seattle Sergio Manghi Pour la société-monde. Le pari de La Méthode en sept mots  Jacques Perriault  Pensée complexe, pensée chinoise, mondialisation  Edgar Morin Pour une politique de l’humanité   VIII – La cruauté du monde Edgar Morin Rhinocéros Edgar Morin Pardonner, c’est résister à la cruauté du monde Sami Naïr  Edgar Morin  Edgar Morin Juif, adjectif ou substantif Claude Lefort Lettres à Edgar sur Vers l’abîme ?   IX – Changer de Voie Sabah Abouessalam-MorinaEdgar Morin, pionnier et visionnaire Edgar Morin Pour une pensée du Sud Edgar Morin  Éloge de la métamorphose Alain Touraine Edgar Morin, l’annonce d’une nouvelle renaissance  Candido Mendes  La complexité et la chimère amadouée Edgar Morin Une civilisation veut naître   Repères biographiques Bibliographie Contributeurs

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