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Atelier 5 - "Enseignement et formations en "Ingénierie des systèmes complexes""
animé par
TAVERA Gérard
RIBETTE Régis

Education Formation - Epistémologie de l'Interdisciplinarité - Science Citoyenneté

Projet de L'Atelier

LEO NET réseau Léonardo Da Vinci « Charte-projets » relative au développement du Processus de l'innovation (GPI)

Pour des ingénieurs plus entrepreneurs, meilleurs managers de l'innovation, et gestionnaires compétents des systèmes complexes

Venez participer aux démarches de recherche-action proposées dans la "charte-projets" :

1 - en laissant vos coordonnées afin d'être tenu courant des activités du réseau Léonardo Da Vinci : "Leo Net"

2 - en donnant votre point de vue sur les premières "idées-forces" de la "charte-projets"

3 - en proposant de témoigner sur des expériences pédagogiques de formation d'ingénieurs

« Charte-projets » relative au développement du Génie des Processus de l'innovation

1 Gérer autrement le futur

Dans un univers en profondes mutations (tenant, pour beaucoup, d'une complexité grandissante et de la fin de certaines logiques dominantes), le développement de capacités d'adaptation innovantes est de plus en plus indispensable, tant au niveau de chaque individu qu'aux différents niveaux de gestion des organisations collectives.

Hier, l'évolution s'est surtout faite en utilisant "au mieux" les moyens de production disponibles, c'est-à-dire en procédant d'une habile optimisation des performances (principalement techniques et financières), à fin de réaliser les scénarios d'un développement surtout "matériel et quantitatif" du monde.

Cette voie managériale a aujourd'hui quelque peu marqué ses limites et la qualité du pilotage des systèmes de gestion est perturbée, non seulement par les insuffisances de variété managériale des pilotes, mais aussi par les micro-perturbations de tous ordres entraînant des comportements, économiques et sociaux imprévisibles, compte tenu des nombreuses sensibilités des systèmes à piloter à de nouvelles dimensions des projets individuels et des projets collectifs des acteurs.

Il nous faut sortir d'une pensée managériale réductrice, centrée sur la recherche de l'efficience et aller vers de nouvelles pratiques de gestion favorisant création et développement de valeur dans un complexe de finalités plurielles : techniques, économiques, sociales, sociétales, écologiques...

Ceci nécessite, non seulement l'élaboration de nouveaux savoirs de tous ordres, mais aussi d'autres méthodes de pensée et d'action plus constructivistes pour diminuer certains effets pervers dus à une utilisation trop exclusive des approches positivistes d'optimisation de la productivité.

Dans les phases de conception et de gestion des projets, les responsables doivent mieux prendre en compte les multiplicités de sens construites par l'ensemble des acteurs et mieux faire face au développement de la complexité d'un monde de plus en plus incertain.

Il s'ensuit la nécessité, non seulement de nouvelles intelligences à la fois scientifiques, techniques..... et civiques, mais aussi d'une capacité épistémologique collective suffisante pour apprendre à dégager des repères utiles à l'évaluation de savoirs applicables et actionnables dans la société de demain.

Parmi les responsables managériaux ce sont les ingénieurs qui, les premiers de part leur rôle dans la construction du monde, ont à développer leurs capacités personnelles de pilotage des systèmes complexes et à renouveler le contenu des sciences de l'ingénierie par certains apports des sciences de l'homme et des sciences du vivant. Ils doivent, en effet, être plus "conscients" et savoir innover pour mieux utiliser toute la variété et la richesse des valeurs de leurs environnements.

- Il faut donc former des ingénieurs, encore plus entrepreneurs, meilleurs managers de l'innovation, concepteurs et gestionnaires compétents de systèmes perçus comme complexes,...... c'est-à-dire des ingénieurs spécialistes reconnus d'un nouveau Génie des Processus de l'innovation (GPI).

- Conséquemment, ceci oblige à un nouveau champ de recherche scientifique, celui des Sciences des Processus de l'innovation (SPI) afin de définir les références épistémologiques nécessaires à l'évaluation de savoirs applicables et actionnables. Il s'agit de repenser notre capacité d'adaptation à la complexité du monde dans un jeu d'acteurs individuels et collectifs, en interactions permanentes et multiples, immergés dans un couplage "Pensée/action" réflexif .... savoir pour faire et faire pour savoir.

2 L'ingénieur de demain

C'est bien souvent le nom de Léonardo Da Vinci qui vient en premier à l'esprit quand on essaye d'évoquer le profil de l'ingénieur de demain !

En effet, depuis bien longtemps, Léonard de Vinci est la figure emblématique d'une longue lignée d'hommes tout à la fois artistes et ingénieurs, détenteurs de cet ingenium humain que l'on traduit habituellement par talent.

21 Des ingénieurs ingénieux..... au génie des systèmes

Bernard Esambert dans son historique de l'appellation "ingénieur" a retenu que le mot proviendrait de l'ancien français "engeigneur", de engin, machine de guerre. Au Moyen Age, l'ingénieur, c'est l'engignour, ainsi nommé parce qu'il est "doué d'engin et d'intelligence rusée", parce qu'il met en oeuvre son engin, son esprit d'invention et parce qu'il produit des engins, c'est-à-dire des machines et des instruments.

L'ingénieur... ingénieux serait donc doué d'intelligence rusée et serait aussi inventeur d'outils... ingénieux.

Mais, revenons sur cet ingenium dont Léonardo Da Vinci était si bien pourvu. Ingenium a tout d'abord signifié : esprit naturel, talent, avec en un premier sens, ingénier (s'ingénier), chercher dans son esprit les moyens de, s'efforcer de. Voltaire disait que chacun s'ingénie. On a ensuite parlé d'instruments ingénieux, et ingénieur est devenu un mot de formation populaire, signifiant qui invente et construit des instruments, des objets ingénieux... et fait les plans et dessins nécessaires à leur exécution.

Ainsi, l'ingénieur ingénieux.... s'ingénie à pratiquer un art, tout à la fois de pensée et d'action. Autrefois d'ailleurs, n'a-t-on pas appelé génie maritime l'art des constructions maritimes, génie civil l'art des constructions civiles et, aujourd'hui, ne commence-t-on pas à parler de l'évolution du génie industriel vers un "génie managérial" en tant que nouvel "art des constructions managériales", visant à gérer simultanément les projets individuels des acteurs et les projets collectifs auxquels ils participent ?

Le premier concept de Génie Industriel est né en 1912 aux Etats-Unis dans le contexte du Congrès annuel de lamérican Society of Mechanical Engineers. Dans les années 80, l'accroissement de la pression concurrentielle mondialisée a conduit à rechercher des avantages décisifs en travaillant à la conception intégrée des produits, des procédés, des outils de production et des stratégies de mise en marché afin de réduire les délais et de devenir de plus en plus réactif à l'environnement.

En 1985, l'Institute of Industrial Engineers définit l'Industrial Engineering comme traitant de la conception, de l'amélioration et de la mise en place des systèmes intégrés de ressources humaines, de matériaux, d'équipements et d'énergie en utilisant les connaissances et savoir-faire en mathématiques, physique, sciences sociales ainsi que les principes et méthodes d'analyse et de conception relevant de l'art de l'ingénieur, ceci dans le but de prévoir et d'évaluer les résultats que l'on peut espérer de tels systèmes.

C'est ainsi qu'est né le Génie des Systèmes Industriels.

Le savoir-faire managérial d'un ingénieur encore plus ingénieux demain qu'aujourd'hui, consistera, non seulement à mettre en perspective systémique utile les nombreux facteurs constituants de tout système, mais également à gérer avec talent l'ensemble complexe des relations qui les structurent.

22 Complexité..... et nouveaux paradigmes managériaux

Pendant longtemps, l'art de l'ingénieur a reposé sur l'utilisation intelligente des différentes sciences pour concevoir et développer les nombreux systèmes techniques. D'ailleurs, on a caractérisé de « sciences pour l'ingénieur", les mathématiques, la mécanique, la physique,..... en tant que connaissances utiles à la maîtrise des performances de toute entreprise humaine.

L'art de cette maîtrise a tout d'abord consisté à savoir optimiser rationnellement l'utilisation des moyens disponibles dans la perspective des buts à atteindrel4.

Puis, la nécessité de mieux appréhender "ensemble" les différentes finalités de tout projet collectif s'est progressivement faite jour afin de mieux faire face aux nouveaux défis de la compétitivité dans un monde toujours plus complexe, incertain et en recherche de nouveaux sens.

L'ingénieur ne pilote plus un simple système technique mais doit s'intéresser au développement des performances globales des activités industrielles dans une démarche d' « optimisation de la valeur" à fin d'une intégration durable de l'entreprise dans ses environnements économiques, financiers, culturels, sociaux, techniques, géographiques.

Le changement de regard posé sur les systèmes industriels conduit à passer de l'étude d'organisations rationnelles à des organisations complexes et "intelligentes" (au sens du vivant) en considérant les actions et les interactions individuelles comme des phénomènes inhérents à la nature humaine, non pas vus comme contrainte mais comme reconnaissance de leur existence. Ceci génère un changement de perspective méthodologique, en intégrant l'action individuelle, les interactions personnelles, la décision en univers incertain comme variables d'action des systèmes à piloter.

Ainsi, chemin faisant, un nouvel "art des constructions managériales" est en train de naître, un "génie managérial", consistant en la construction et la régulation des multiples projets tant individuels que collectifs. Ce nouveau paradigme de gestion se situe dans une perspective méthodologique systémique dans laquelle il faut s'efforcer de relier les différentes phases de conception, de réalisation et d'usage de tout projet, tournant ainsi le dos aux pratiques tayloriennes de segmentation des activités humaines.

3 Historique de la démarche proposée au sein du réseau Léonardo Da Vinci

Le titre : « Au-delà de l'amélioration de la performance, la création de valeur » : le défi des sciences de l'innovation, résume les principales réflexions concernant le rôle de l'ingénieur de demain menées ces dernières années, tant à la "Fédération des Sciences des Systèmes et des Produits Industriels" (F2SPI), que dans le groupe de travail "Génie des Systèmes Industriels" de la Commission des Titres d'ingénieurs (CTI), ou au sein de 1"'Institut d'Etudes et de Recherches de l'Ingénierie des Systèmes" (ISERIS).

Mais bien d'autres travaux, déjà connus ou non encore identifiés, ont également été conduits sur ces différentes thématiques.

Il a paru utile de mettre en oeuvre un processus initiateur, non seulement d'un partage des résultats des travaux déjà réalisés entre les différents acteurs concernés (échanges d'expériences), mais aussi d'une "recherche-action" collective pour "aller encore plus loin" dans un couplage pensée/action permanent.

Ainsi, on pourrait commencer à réfléchir à partir du constat de l'émergence actuelle de nouvelles formations d'ingénieurs : plus entrepreneurs, meilleurs managers de l'innovation, concepteurs et gestionnaires compétents des systèmes complexes.

La Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme, préoccupée par la formation des responsables à la gestion des systèmes complexes, a bien voulu soutenir le "séminaire fondateur" des 13 et 14 mars 1998, qui a été le véritable point de départ de ce processus initiateur.

C'est au cours de ce séminaire, à partir de témoignages d'acteurs déjà engagés sur les chemins de la réflexion et de l'action, qu'a été d'élaborée la première version d'une "charte-projets" tout à la fois :

- inventaire d'idées-forces sous-tendant le passage d'une logique d'optimisation de la performance à une logique de création et de développement de valeur (charte),

- cadre général d'une recherche-action collective sur les principales composantes des différentes problématiques rencontrées (projets).

4 "Charte"...... ou principales idées-forces pour un nouveau « génie managérial »

  1. Face à la complexité d'un monde incertain, le développement de systèmes innovants dépend de plus en plus d'une meilleure utilisation par chaque acteur de ses capacités cognitives. Ceci implique que les élèves-ingénieurs construisent et perfectionnent eux-mêmes leur propre système d'observation et d'appréhension de la réalité. Ils doivent, pour cela, apprendre à "se connaître", à mieux gérer leurs propres "ressources humaines" en les mettant en perspectives plus cohérentes avec l'élaboration de leurs "projets personnels et professionnels".

  2. Pour gérer une complexité croissante, les modes managériaux peuvent avec profit s'inspirer des apports des modèles issus des sciences de la vie, afin de passer d'une logique d'optimisation de la performance, à une meilleure logique de création et de développement de valeur...... en particulier en mariant mieux « positivisme" et "constructivisme".

  3. De plus en plus, l'innovation est affaire de bonne organisation collective. Elle devient l'émanation de savoirs multiples, que ce soit dans les domaines techniques, sociaux, culturels, organisationnels. Ces nouveaux savoirs appartiennent au domaine des sciences des processus de l'innovation avec pour contenu, non seulement l'étude de l'implication mutuelle des disciplines nourricières traditionnelles, mais aussi l'obtention de connaissances propres à devenir des leviers de croissance de l'économie de demain. Véritables sciences de l'ingénieur, ces sciences des processus de l'innovation nécessitent de nouvelles voies de recherches épistémologiques. Ainsi, un nouveau champ disciplinaire est à définir, champ de connaissance par rapport auquel il faut aussi former des enseignants capables de transmettre les nouveaux modèles de gestion qui en découlent.

  4. L'innovation est tout à la fois : somme complexe de construits individuels et ensemble de construits collectifs, au travers des multiples structures de communication reliant les hommes. Aussi, chaque responsable doit apprendre à mieux maîtriser les modes de fonctionnement en réseaux, notamment l'utilisation des médias interactifs afin, dans l'élaboration de la société de demain, de mieux gérer l'inévitable cohabitation des projets individuels et des projets collectifs.

Conséquemment, les pistes de recherche à approfondir pourraient être :

  • Le contenu d'un nouveau champ disciplinaire relatif aux Sciences des Processus de l'innovation (SPI).

  • Les pratiques d"'évaluation des savoirs managériaux" utiles aux responsables pour gérer enjeux éthiques, enjeux épistémologiques et enjeux de gestion.

  • Le souci qu'ont les dirigeants de l'adaptabilité des entreprises, préoccupation qui les conduit à la mise en place de systèmes complexes, évolutifs, vivants, apprenants et innovants.

  • Les démarches possibles entre milieux professionnels et milieux de formation pour établir des référentiels compétences/emplois utiles. L'analyse dans ce domaine des limites, mais aussi des apports des approches prospectives.

  • Les modalités méthodologiques nécessaires à une meilleure alliance des démarches positivistes et des approches constructivistes.

  • Les méthodes pédagogiques requises pour la construction par chaque élève-ingénieur d'un projet personnel et professionnel, valorisant ses propres potentialités. En particulier comment mieux répondre à la question de la formation des acteurs à l'action ?

La création et le fonctionnement de "groupes-projets pédagogiques" au sein des équipes d'enseignants. Comment donc développer des organisations pédagogiques apprenantes ?

 

5 "Projets"...... ou "recherches-actions" à conduire pour le développement du "Génie des Processus de l'innovation"

Le projet d'une recherche-action collective sera plus créatif s'il peut s'appuyer sur la richesse d'un maillage de tous les "projets individuels". Autrement dit, il s'agit de développer une pluralité de démarches individuelles penséelaction pour laisser émerger de nouvelles représentations mentales... s'incarnant ensuite dans de nouveaux modes d'actions individuelles et collectives.

Ainsi, quelques "projets individuels" pourraient traiter des domaines suivants :

  • L'animation et le fonctionnement des différents réseaux de projets de la "charte" (nationaux et locaux) reliant l'ensemble des participants.

  • L'organisation de manifestations en réseaux (colloques, séminaires,.... ) afin de diffuser et de continuer à nourrir la réflexion sur, les idées-forces (hypothèses de pensée) de la fi charte-projets", les voies de l'action et le partage des expériences.

  • L'étude de quelques grandes thématiques managériales comme celles comparant les approches de "qualité totale » dans les organisations avec les démarches de développement et de création de valeur.

  • L'association des principaux acteurs institutionnels concernés, par exemple en ce qui concerne les responsables du monde professionnel par le biais des différents conseils des écoles d'ingénieurs.

  • La "mobilisation" et le suivi de doctorants sur les principales pistes de recherche (il s'agit d'investir dans de la recherche naissante).

  • Une coopération avec les réseaux de consultants en organisation afin de les faire participer au développement de nouveaux savoirs managériaux.

6 De quelques actions en " réseaux de projets", à entreprendre en premier

Diffusion d'un document de présentation d'une "charte-projets" évolutive.

  • Participation au séminaire CONFERE organisé à l'ENSAM de Paris les 8 et 9 juillet 1998 dans une table ronde sur les sciences de l'innovation.

  • Préparation en réseau, tout particulièrement avec l'Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité, l'Association pour la Pensée Complexe, la Commission des Titres d'ingénieurs, le Ministère de l'Education Nationale, le CNRS, la Fondation Charles Léopold Mayer, ISERIS,... et... organisation en 1999 d'un colloque sur le thème du développement du Génie des Processus de l'innovation.

  • Ouverture sur un site Internet d'une base de données sur les différentes expériences pédagogiques conduites pour la formation d'ingénieurs "encore plus entrepreneurs, meilleurs managers de l'innovation, concepteurs et gestionnaires compétents des systèmes complexes".

  • Ouverture également sur Internet de forums thématiques interactifs sur les principales "idées-forces" (hypothèses de pensée) de la charte et sur les différentes démarches projets (actions en cours).

  • Gestion des contenus des différents forums : synthèses partielles et processus de diffusion des résultats.

Les personnes, intéressées pour participer aux démarches de développement du Génie des Processus de l'innovation peuvent se manifester auprès de chacun des participants au séminaire fondateur de mars 1998

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